L'éducation en vase clos

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Albert Brunelle
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) N.D.L.R.: Dans le cadre du stage d'été en journalisme, la direction du Nouvelliste permet cette année aux stagiaires d'expérimenter l'écriture d'un éditorial. Au cours des deux prochaines semaines, vous pourrez lire ici l'opinion de nos quatre stagiaires sur des sujets de leur choix. Nous vous présentons aujourd'hui le texte d'Albert Brunelle.

Anglais intensif, sciences et génie, sports: la mode est aux programmes spécialisés pour attirer les élèves du primaire vers un établissement d'enseignement secondaire plutôt qu'un autre.

Les fameux «profils» de l'école secondaire moderne qui catégorisent les élèves selon des intérêts communs n'ont pourtant pas que des avantages, bien au contraire.

Au lieu d'avoir des classes remplies de jeunes aux intérêts divergents, aux forces et faiblesses opposées, on a créé un système d'éducation en vase clos, où chaque jeune se retrouve avec un voisin de pupitre qui se passionne pour la même matière que lui, se pose la même question que lui et a la même hypothèse en tête que lui.

Ça manque de diversité. On se choisit un programme, on y adhère et on s'explique le monde avec.

Pas étonnant de voir une tendance à la radicalisation des opinions. Pas étonnant de voir la gauche et la droite sembler plus inconciliables que jamais, de voir que les terrains d'entente sont devenus choses du passé en politique, de voir qu'on amalgame encore musulmans et terroristes. On aurait d'ailleurs eu une belle image de la polarisation de la société si ce n'avait été de la manipulation de la course à l'investiture démocrate par le parti lui-même. Un beau face-à-face entre Donald Trump et Bernie Sanders, ça n'aurait pas pu être plus frappant que cela.

L'esprit critique disparaît parce qu'on s'explique mal ce qui sort du cadre habituel de notre petit train de vie. L'incompréhension de l'autre mène invariablement à la confrontation. Sa compréhension mène, au contraire, à la coopération. Or, nos jeunes côtoient de moins en moins la différence, tant dans ce qu'ils étudient, qu'avec qui ils les étudient.

Peut-être offrons-nous trois ou quatre cours de science de plus par semaine à Nathan. Peut-être même qu'à 14 ans, Nathan sait déjà qu'il veut devenir chimiste. Et même si c'était le cas, il aura l'occasion de faire 10 ans à l'université si c'est ce qui le passionne. En attendant, on forme des citoyens et on doit agir conséquemment. Un chimiste va consommer comme tout le monde, épargner comme tout le monde mais surtout, va avoir un droit de vote afin d'influencer sur les politiques publiques. Il est du devoir du système de l'outiller afin de faire les choix les plus éclairés que possible. Même si, finalement, Nathan décide qu'il en a assez après son cinquième secondaire, il doit être prêt au vrai monde.

Toutefois, ce n'est pas seulement qu'une question de diviser les jeunes en fonction de leurs intérêts. On pousse encore plus loin en créant des classes qui regroupent les élèves doués d'un côté et les élèves en difficultés de l'autre.

On nous sert toutes sortes d'explications comme «On ne veut pas que nos élèves brillants soient ralentis par les moins forts». Pourtant, les bénéfices de l'entraide pour les jeunes sont prouvés depuis longtemps, tant pour les forts que pour les moins forts, arrêtons de faire semblant.

On se retrouve à la place avec des classes remplies d'élèves en difficulté soutenues par des ressources qui, d'années en années, fondent au rythme de l'austérité.

C'est de la paresse que ces programmes spécialisés. On devrait plutôt se poser la question: entre 12 et 17 ans, le dernier droit dans le système scolaire pour biens des jeunes, qu'est-ce que, comme société, on veut léguer comme connaissances pour former de bons citoyens?

Mais ne nous faisons pas d'idées, après tout, cela fait presque 200 ans et on ne s'entend toujours pas sur la place que doit prendre la Rébellion des Patriotes dans les livres d'histoire.

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