Le choc des droits et libertés

Mike Ward... (Photo archives La Presse)

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Mike Ward

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

On peut être d'accord ou non avec la décision du juge Scott Hughes dans le dossier de Jérémy Gabriel contre Mike Ward. Mais la lecture du jugement en question nous confirme une chose: le droit d'une personne à la dignité et au respect de son intégrité prévaut sur la liberté d'expression. Y compris lorsqu'il est question d'humour.

Le jugement du Tribunal des droits de la personnes vient établir un précédent en établissant, dans un tel contexte de propos formulés par un humoriste, une préséance entre deux grandes valeurs garanties par la Charte. Il s'agit d'un jugement nécessaire.

D'abord parce qu'il vient reconnaître que la liberté d'expression n'est pas un droit absolu, mais aussi parce qu'il vient établir qu'on ne peut pas dire n'importe quoi - même sous le couvert de l'humour - sans en subir les conséquences.

Mike Ward a toujours donné dans l'humour transgressif. Il ne s'est jamais gêné pour dire qu'il voulait «tester» les limites de l'humour et la tolérance de son public. Il aura été servi, puisque le tribunal vient de lui imposer une de ces limites.

En fait, la décision du Tribunal des droits de la personne vient apporter une nuance importante en humour. C'est une chose de rire d'un groupe d'individus frappé par un élément de marginalité (les communautés ethniques, les handicapés, les gros, les vieux, etc.) mais c'en est une autre que de s'en prendre directement à un individu et de rire d'une personne en particulier. Il y a aussi cette différence qu'on établit entre le fait de se moquer des personnes qui sont exposées à la célébrité (les politiciens, les artistes, les sportifs, notamment) et celui de prendre pour cible quelqu'un dont la célébrité était aussi relative que ponctuelle, à plus forte raison lorsque cette personne est un enfant et encore davantage quand elle souffre d'un handicap. L'effet des propos de Ward est de distinguer Jérémy Gabriel par rapport à d'autres personnes qui n'ont pas de handicap, écrit-on dans la décision. Les propos en question sont discriminatoires et ont porté atteinte au respect de sa dignité et de son honneur, ce qui contrevient à la Charte.

C'est là d'ailleurs toute la différence entre ce que fait Mike Ward et ce qu'a fait par le passé Jean-Marc Parent, en incarnant un personnage ayant un handicap. C'est aussi ce qui distingue le fait de s'en prendre à un enfant à peu près inconnu et celui de rire de la bouche croche de Jean Chrétien ou du surplus de poids qu'affichait le ministre Gaétan Barrette. Pour des personnalités, le fait d'être la cible d'humoristes ou de caricaturistes est un élément qui flatte leur popularité.

Dans le cas de Jérémy Gabriel, c'est tout le contraire. La décision du juge Hughes démontre bien qu'il y a eu préjudice. Le jeune homme a par la suite été victime de railleries et d'intimidation. Il a eu des idées suicidaires. C'est ce qui vient justifier en bonne partie la décision du tribunal d'ordonner des dommages moraux et punitifs totalisant 42 000 $ à Jérémy Gabriel et à sa mère.

Ce que vient surtout faire la décision du Tribunal des droits de la personne, ici, c'est de rappeler les limites qu'il peut ou qu'il doit y avoir en humour. Le juge conclut que «les blagues de monsieur Ward ont outrepassé les limites de ce qu'une personne raisonnable doit tolérer au nom de la liberté d'expression». Il ajoute que «la discrimination dont Jérémy a été victime est injustifiée».

Ici, c'est toute la question du bon goût, du jugement, de la responsabilité et du civisme qui entre en considération. Et c'est quand même dommage que ce soit une décision d'un tribunal qui doive venir rappeler cela aux humoristes de tout acabit.

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