Piscines pour privilégiés

La piscine du parc de l'Exposition.... (Archives Le Nouvelliste)

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La piscine du parc de l'Exposition.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Trois-Rivières fait-elle fausse route en exigeant un coût d'entrée pour ses piscines extérieures? Un coût qui a augmenté de façon considérable depuis deux ans et qui va à contre-courant de l'option privilégiée par la vaste majorité des villes du Québec: la gratuité.

Au cours des derniers jours, un lecteur soulevait, dans une lettre d'opinion publiée dans ces pages, une question fort pertinente quant à la fermeture - pour la population ordinaire - de la piscine du parc de l'Exposition pendant cinq jours dans le cadre du Grand Prix.

On peut en effet déplorer cette décision de la Ville de réserver la piscine uniquement aux détenteurs de billets du GP3R et ce lors de deux week-ends parmi les plus beaux et chauds de l'été. La piscine de l'Expo est un bien public, un espace formidable et unique en son genre. En restreindre l'accès est une solution paresseuse et élitiste.

Mais il y a un tout autre questionnement qui s'impose sur la question des piscines extérieures.

La Ville a-t-elle raison de maintenir un coût d'accès presque prohibitif? Pour une famille de deux adultes et deux enfants, une visite à une des sept piscines extérieures coûtera 10 $. En 2014, la même baignade pour la même famille aurait coûté 6 $ au total. C'est donc dire qu'en deux ans, le tarif a augmenté de 66 %.

Est-ce que c'est dû au fait que la Ville a choisi, en 2015, de confier à une firme privée du nom de Camp Sportmax l'administration, la gestion, l'entretien, l'opération et la surveillance de ses piscines? Auparavant, c'était le club de natation des Mégophias qui assurait la portion surveillance, mais cette organisation ne pouvait pas aller plus loin dans les services requis par la Ville. Deux autres villes ou arrondissements - Boisbriand et Outremont - ont recours aux services de Sportmax pour l'opération de leur unique piscine extérieure.

Le 16 février 2015, le conseil municipal lui a accordé le contrat pour près de 650 000 $ par année, pour trois ans. Mieux encore, la Ville permet à cette firme d'empocher les revenus d'entrée, qui doivent bien atteindre les 40 000 $ par an, de même que les profits générés par le casse-croûte de la piscine de l'Expo. Un calcul rapide et on constate qu'en trois ans, la firme privée en question recevra plus de 2 millions $ pour l'opération des piscines extérieures, qui sont ouvertes huit semaines par année rappelons-le.

Bien sûr il y a des coûts importants pour la surveillance, l'entretien, les expertises quant à la qualité de l'eau, la gestion des entrées, mais la Ville réalise-t-elle vraiment des économies en confiant ces opérations au privé?

Avant la privatisation des activités reliées aux piscines extérieures, l'accès à plusieurs d'entre elles était gratuit à Trois-Rivières. Or, aujourd'hui, il y a un coût d'entrée uniformisé pour les piscines, bien qu'on propose un forfait peu avantageux, à 26 $ pour les adultes et 14 $ pour les enfants, donnant dix accès aux piscines.

Quand on regarde ailleurs, on constate que l'accès aux piscines extérieures est gratuit dans de nombreuses villes comparables à Trois-Rivières. C'est le cas notamment à Saguenay, Lévis, Gatineau, Saint-Hyacinthe, Montréal, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sherbrooke, Repentigny, Salaberry-de-Valleyfield ou Saint-Lambert. Ces villes ont fait le choix de rendre gratuit l'accès aux piscines extérieures, sachant que les utilisateurs proviennent souvent de familles à plus faible revenu qui, justement, n'ont pas les moyens d'avoir une piscine chez eux.

À Trois-Rivières, on a fait le choix, il y a quelques années, de rendre gratuit l'accès aux services des bibliothèques publiques. Ne serait-il pas logique d'envisager la gratuité pour les piscines aussi? Ainsi, on arriverait - enfin! - en 2016 et on ne serait plus la risée des citoyens des villes où la question de la gratuité ne s'est même jamais posée.

À ce compte-là, on peut s'étonner que la Ville n'ait pas envisagé d'exiger des coûts pour les cyclistes qui empruntent la piste cyclable...

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