Je suis bouche bée

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) J'ai été Charlie. J'ai été Paris. J'ai été Beyrouth. J'ai été Bruxelles. J'ai été Istanbul. J'ai été Orlando. Aujourd'hui, je ne sais plus trop quoi être. Triste? Désabusé? Révolté? Revanchard? Je suis... bouche bée.

L'attentat survenu à Nice tard jeudi soir atteint encore la France directement au coeur. Ici, c'est le choix du moment qui frappe l'imaginaire. La mort à grande échelle survient en pleines festivités du 14 juillet. Le jour où le pays célèbre sa liberté, son égalité, sa fraternité.

Aujourd'hui, la France pleure la débilité, l'absurdité et la fatalité.

Cette course folle d'un camion fonçant sur la foule massée sur la promenade des Anglais porte à 236 le nombre de Français qui ont perdu la vie dans des attentats - ou des tentatives d'attentats - terroristes à l'intérieur même de l'Hexagone. Et elle porte à plusieurs milliers le nombre de personnes qui, depuis trois ans et à l'échelle mondiale, ont péri dans de tels actes de barbarie.

Chaque attentat entraîne dans son sillage la désolation et le deuil de familles, de proches et de peuples, l'expression d'une solidarité souvent internationale, ainsi que le terrifiant constat d'une impuissance de plus en plus manifeste.

C'est là que je ne sais plus quoi penser. 

Mon coeur me parle d'ouverture, de communication, de tolérance. Ma tête me parle de plus en plus de combat, d'éradication de la haine directement à ses sources.

On nous répète souvent que nous sommes en guerre contre le terrorisme. On constate qu'il y a des efforts militaires intenses pour anéantir les principaux pôles de formation et d'essaimage des djihadistes, notamment ceux du groupe armé État islamique. Mais aussi absurde que cela puisse paraître, nous sommes engagés dans cette guerre avec des armes pacifiques: des bougies, des filtres pour des photos de profil sur les réseaux sociaux, des drapeaux en berne, des prières et des slogans parfois aussi creux que les discours des politiciens s'exprimant sur le sujet.

Et si «nous» sommes vraiment engagés dans une guerre, nous devons aussi admettre que c'est face à des ennemis qui bénéficient de la complaisance d'États et de sociétés entières. Des États qui resserrent, semble-t-il, leurs mesures de sécurité. Mais même ces mesures plus sévères ne peuvent arrêter les terroristes. Leur imagination est sans bornes. Quand on est rendu à foncer sur une foule au volant d'un camion réfrigéré pour faire 84 morts et plus de 200 blessés, à prendre pour cible une discothèque gaie et tuer 49 personnes, à faire une diversion aux abords d'un stade bondé pour attaquer une salle de spectacles et des terrasses de bistrots à des kilomètres de là, on voit bien qu'il n'est pas simple d'élaborer des mesures visant à contrer le terrorisme.

Faut-il être plus belliqueux? Éradiquer les organisations terroristes là où elles émergent, quitte à participer à l'envoi de troupes et quitte à s'exposer à des pertes humaines? Un jour ou l'autre, il faudra se résigner à conclure que c'est une avenue à considérer sérieusement. 

Faut-il être plus intrusif dans la vie privée? Pour déceler des signes avant-coureurs d'une prédisposition à perpétrer des attentats? Dans la balance des inconvénients, que vaut le sacrifice de certaines libertés individuelles face à un meilleur contrôle de la radicalisation? 

À l'éducation, à l'ouverture, aux appels à la tolérance, il faudra inévitablement ajouter des mesures plus strictes et des actions plus dures.

La chose qu'il ne faut pas faire, c'est de récupérer politiquement de tels attentats, d'un côté ou de l'autre du spectre politique. La dernière chose dont on a besoin, c'est d'une division sur les mesures à prendre. On ne cherche pas les responsables ou les causes de la multiplication des actes terroristes. On cherche des façons d'en arrêter la prolifération.

Oui il faut continuer à s'indigner des attentats. De tous les attentats. Pas seulement de ceux auxquels on consacre des heures de direct à la télé ou pour lesquels on place les drapeaux en berne. Oui il faut être solidaires, compatissants. Oui il faut être Charlie, Paris, Bruxelles, Orlando, Nice. Mais il faut plus que ça.

Malheureusement.

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