Défigurer le centre-ville

La terrasse en porte-à-faux de l'édifice Loiselle est... (Olivier Croteau)

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La terrasse en porte-à-faux de l'édifice Loiselle est en construction.

Olivier Croteau

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Les travaux visant à greffer une terrasse en porte-à-faux à l'édifice Loiselle, à l'angle des rues des Forges et Notre-Dame Centre, sont commencés. Et curieusement, le projet soulève les passions sur les réseaux sociaux, dans les cafés, sur les trottoirs ou dans plusieurs discussions informelles. Mais où étaient donc ceux et celles qui s'indignent de cette modification lorsqu'il était temps de demander une tenue de registre sur cette dérogation?

Il est encore trop tôt pour dire si ce sera joli ou si ce sera une horreur. Et de toute façon, ça demeurera toujours hautement subjectif: certaines personnes trouveront ça beau, d'autres trouveront ça franchement laid et se diront choquées qu'on ait laissé faire ça.

Il est là le problème. C'est une décision purement politique qui est à la base de cette transformation. Les membres du comité consultatif d'urbanisme (CCU) de la Ville avaient d'abord rejeté la demande de dérogation mineure, suivant comme ils le font habituellement les recommandations des experts du service des permis et de l'urbanisme.

Il aura fallu l'intervention du maire Yves Lévesque et du conseiller Pierre A. Dupont, qui préside le CCU, pour que le comité vire son capot de bord et recommande finalement, lors d'une deuxième tentative de demande de dérogation, l'approbation de celle-ci par les membres du conseil municipal. Et ç'a été fait le 18 août 2015 à 12 voix contre 4.

Une assemblée publique d'information a été tenue trois semaines plus tard. Seulement sept personnes y assistaient. Et dans la période prévue à cet effet, personne ne s'est présenté à l'hôtel de ville pour réclamer une tenue de registre sur cette dérogation au règlement d'urbanisme.

Il y a bien eu quelques inquiétudes et quelques opinions défavorables émises par de rares citoyens. Mais ce n'est qu'au cours des derniers jours, alors qu'on procédait à l'installation des consoles devant supporter la terrasse, que l'ampleur de l'opération et surtout son impact sur l'immeuble en ont choqué plus d'un.

S'il est hasardeux de juger de l'esthétisme de l'opération, on peut déjà dire sans se tromper qu'elle vient défigurer le coeur du centre-ville. L'intersection des rues des Forges et Notre-Dame Centre est hautement symbolique à Trois-Rivières. Les immeubles installés sur ses quatre coins témoignent de la reconstruction qui a suivi le grand incendie de 1908, une occasion pour la Ville d'établir des normes de construction strictes afin de donner une certaine homogénéité architecturale à cette portion du centre-ville.

L'ajout d'une terrasse en encorbellement vient porter une sérieuse atteinte à l'intégrité architecturale de l'édifice Loiselle et de cette intersection patrimoniale. Et une fois qu'on aura installé des parasols sur cette terrasse, le coup d'oeil permettant une appréciation de l'architecture et de l'apparence d'ensemble de l'édifice sera impossible.

Bien que l'édifice Loiselle ne soit pas un immeuble classé et qu'il ne se trouve pas dans le périmètre de l'arrondissement historique de Trois-Rivières, le Répertoire du patrimoine culturel du Québec mentionne qu'il s'agit d'un immeuble ayant une haute valeur patrimoniale, qui tient essentiellement sur son architecture et son emplacement.

La question que soulève cette modification est de savoir à quoi cela sert, pour une Ville, de se doter de règles d'urbanisme strictes et de les contourner pour de simples raisons économiques. On a défait des marquises sur la 5e Rue à Shawinigan bien des années après que quelqu'un, un jour, eut trouvé que ce serait une bonne idée de couvrir les trottoirs...

La valeur patrimoniale, c'est justement ce qui devrait servir à garantir qu'on ne commet pas d'erreurs en défigurant un immeuble par une fantaisie purement commerciale ou une volonté de se mettre «au goût du jour».

L'épisode de massacre auquel on assiste vient surtout donner une toute autre définition à ce qu'on appelle bêtement, dans le monde municipal, une dérogation «mineure».

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