Pauvres Américains

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Un policier monte la garde à l'intérieur d'un périmètre de sécurité érigé après la fusillade de Dallas.

PHOTO LAURA BUCKMAN, AFP

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La fusillade au cours de laquelle cinq policiers de Dallas ont perdu la vie suscite la consternation, soulève l'indignation, inspire le dégoût, provoque des questionnements. Mais par-dessus tout, elle vient placer un projecteur sur deux tristes réalités: les Américains sont encore aux prises avec un grand schisme racial et la question des armes à feu revient les hanter. Encore.

De ce côté-ci de la frontière, le constat a un effet tordu: il donne presque envie de prendre en pitié les Américains sur cette question. Ou à tout le moins, il nous fait presque pousser un soupir de soulagement. D'abord parce que la question raciale n'est pas - ou n'est plus - un enjeu aussi préoccupant chez nous. Et aussi parce que la possession d'armes à feu est strictement réglementée.

Soyons clairs: il n'est pas question de dire, ici, qu'il n'y a pas de racisme au nord de la frontière. Mais disons que ce facteur est moins stigmatisant qu'il peut l'être chez nos voisins.

Même si elle appelle à un sentiment humain de solidarité et de compassion qui dépasse les frontières, la tragédie de Dallas nous rappelle à quel point nous sommes privilégiés. Privilégiés de ne pas avoir une actualité marquée, jour après jour, par les tensions raciales ou par des incidents en lien avec des armes à feu.

Aux États-Unis, des progrès importants ont été réalisés depuis les années 60 en ce qui a trait aux questions raciales et à leurs incidences sur les aspects législatifs et judiciaires. Mais il subsiste un réel problème de ségrégation sur le terrain: sournois, larvé, étouffé. Et étouffant. Un problème peut-être pas si chronique qu'il en a l'air et qui peut finir par être vaincu par l'éducation.

Il y a aussi, chez nos voisins du sud, un problème d'inégalités sociales qui rend la plupart des statistiques défavorables aux minorités noire et hispanique. Pour espérer enrayer ce fléau ou en atténuer les effets, il faut ici faire appel à une volonté politique, à des efforts législatifs et à un traitement judiciaire adéquat et équitable.

Enfin, la question du contrôle des armes à feu apparaît une fois de plus comme une nécessité. Le drame de Dallas vient sonner l'alarme pour les Américains: ils doivent prendre de front des problèmes honteusement ignorés comme la question raciale mais aussi et surtout la question des armes à feu. Il n'est pas normal que des policiers en devoir travaillent en ayant constamment en tête le fait que, puisque tout le monde peut porter une arme en vertu du deuxième amendement de la Constitution, le suspect auquel ils ont affaire est «probablement» armé.

Inévitablement, cela fait grimper le pourcentage de risque de violence dans ce qui devrait souvent n'être qu'une opération de routine. Un policier en panique risque de plus facilement appuyer sur la gâchette. Cela n'excuse en rien les incidents de Baton Rouge ou de Falcon Heights, mais ça peut aider à les mettre en contexte.

Le droit de posséder et de porter des armes à feu ne peut être étranger au fait que les statistiques sont ahurissantes. Au Canada, en moyenne, une vingtaine de personnes civiles sont tuées par des policiers chaque année. Dans le seul État de la Californie, dont la population est comparable à celle du Canada, 210 personnes sont mortes sous les balles de policiers pour la seule année 2015. Et on est rendu à 75 pour les six premiers mois de 2016.

En étant bien conscient que ce n'est pas un éditorial d'un quotidien régional, québécois, de langue française, qui changera quoi que ce soit chez nos voisins, il est tout de même permis d'espérer qu'une véritable volonté politique prenne forme en ce sens.

Et espérons que cet éditorial d'un quotidien régional, québécois, de langue française, aura au moins pour effet de nous faire prendre conscience de la chance que nous avons.

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