Réjouissances hypocrites

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Le ministre des Finances, Carlos Leitão

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Mais que diable fera le gouvernement de ce surplus de 1,8 milliard $ qu'il a réussi à dégager pour l'exercice 2015-2016? Avant même de penser à des baisses d'impôts, à des investissements extraordinaires dans les infrastructures ou à des réinjections en santé ou en éducation, la première chose que devrait faire le gouvernement serait de s'excuser auprès de la population.

Parce que ce surplus, c'est une fausse bonne nouvelle. On se demande bien comment il aurait pu en être autrement après avoir procédé à des compressions sauvages, après avoir augmenté la TVQ, après avoir aboli des organismes de développement économique ou de développement régional, après avoir revu à la hausse les frais de garde, après avoir coupé dans la fonction publique. On pourrait continuer la liste encore longtemps, ou la détailler.

Depuis 2010, Québec est allé chercher une quinzaine de milliards de dollars en argent neuf dans les poches des contribuables. Et aujourd'hui on vient dire qu'on réalise un surplus de 1,8 milliard $. On s'en félicite, on s'en pète les bretelles. C'est honteux.

Qui plus est, on engrange 1,5 milliard $ dans le Fonds des générations, ce qui laisse croire que le surplus réel dépasse les 3 milliards $.

Un tel surplus serait certes réjouissant s'il était le résultat d'une croissance économique soutenue. Mais c'est loin d'être le cas.

L'ex-ministre péquiste des Finances et aujourd'hui leader de l'opposition, Nicolas Marceau, disait plus tôt cette semaine que c'était «un peu niaiseux de rétablir un budget en augmentant le fardeau fiscal de tout le monde et en coupant comme des fous». C'est tentant de lui donner raison.

C'est vrai que «n'importe qui peut faire ça», mais ils sont rares ceux qui ont le culot pour le faire.

Mais le processus n'est vraisemblablement pas terminé. On devrait assister au cours des deux prochaines années à des annonces de subventions, de réinvestissements, de programmes d'aide. On donnera vaguement l'impression aux contribuables que le gouvernement est généreux, alors que dans les faits, les montants qui seront «réinvestis» - en santé ou en éducation, par exemple - auraient simplement dû ne pas être coupés.

Évidemment, on est toujours ici dans la philosophie des «eaux plus tranquilles» évoquées par le premier ministre Philippe Couillard lors de son remaniement ministériel de janvier dernier. Les conséquences les plus dures de l'austérité seraient derrière nous. Si on parle de philosophie, on peut aussi parler, évidemment, de stratégie électorale. Les électeurs ne sont pas dupes.

Alors en plus de saupoudrer çà et là des montants que l'on qualifiera de «réinvestissements», le gouvernement a aussi le loisir de donner un peu de répit aux contribuables. Pour ces derniers, l'austérité est une chose, mais la hausse des prix des aliments, du logement ou de l'énergie en est une autre. Les atteintes à la santé financière ou à la prospérité sont multiples et ne seront pas réglées par les largesses à venir du gouvernement.

Enfin, on peut se questionner sur la nécessité d'engranger de façon impérative et ininterrompue des sommes considérables dans le Fonds des générations, destiné à réduire le fardeau fiscal légué aux générations futures. Or, c'est en grande partie ces «générations futures», mais aussi leurs parents, qui sont privés de services adéquats.

Certains ont évoqué la nécessité de suspendre les versements au Fonds des générations. Le ministre Carlos Leitão a répondu par un non catégorique, rappelant que cette épargne forcée découle d'un cadre législatif et qu'il n'était pas question pour lui de demander une modification à la loi.

Mais si on injectait un peu moins dans ce Fonds des générations pour plutôt envisager de soutenir le développement et la croissance économiques, peut-être pourrait-on générer des revenus intéressants.

Et peut-être aussi qu'on n'aurait plus besoin de couper sauvagement un peu partout.

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