La loi du silence

L'ex-athlète olympique Yannick Lupien est maintenant pompier à... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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L'ex-athlète olympique Yannick Lupien est maintenant pompier à Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est tout de même étonnant. La Ville de Trois-Rivières a failli suspendre sans solde pour une journée un pompier temporaire à qui on reprochait, essentiellement, le fait d'avoir parlé aux médias. Ça sonne invraisemblable, mais malheureusement, la résolution en ce sens était prête à être adoptée. Le dossier de Yannick Lupien avait franchi les étapes de l'analyse au sein de son service, au sein de celui des ressources humaines et même au groupe de travail sur les ressources humaines. Il ne manquait plus que l'approbation par le conseil municipal.

Heureusement, le conseil a fait marche arrière. Yves Lévesque a affirmé juste avant l'assemblée publique qu'il n'était pas suffisamment à l'aise avec cette décision pour être en mesure de la défendre devant le public et devant les médias. La résolution a été retirée in extremis de l'ordre du jour grâce au gros bon sens du maire.

Le problème, c'est que le dossier est toujours en suspens. On a beau l'avoir retiré de l'ordre du jour, mais on imagine que la question devra de nouveau être examinée par le comité des ressources humaines, puis par le conseil. Aux yeux des supérieurs de Yannick Lupien, celui-ci a commis une faute.

Il est là le problème. Est-ce vraiment une faute pour un pompier de donner une entrevue à un média - dans ce cas-ci il s'agissait du 106,9 FM - pour parler de l'impact psychologique d'une tragédie comme celle de Fort McMurray sur ceux qui combattent les flammes? S'il s'était agi d'une entrevue sur les négociations en cours ou sur les conditions de travail des pompiers, on pourrait comprendre la manoeuvre et la sanction. Mais dans ce cas-ci, c'était totalement injustifié.

Est-on en train de développer une culture du silence et du musellement à l'hôtel de ville? On a encore bien en mémoire l'épisode peu reluisant de la non-divulgation du déversement des eaux usées à la suite d'un bris à une station de pompage du secteur Cap-de-la-Madeleine. Maintenant, on empêche un pompier de parler aux médias.

Le plus choquant, dans tout ça, c'est qu'on a ici affaire à un pompier temporaire qui devrait être une fierté pour la Ville. Yannick Lupien est un ex-olympien, un nageur de haut calibre qui, en plus, est un bon orateur et un bon conférencier. Il a donné des conférences dans des écoles, en abordant notamment des thèmes comme la détermination, la persévérance et la nécessité de consacrer les efforts nécessaires à l'atteinte des objectifs et à la concrétisation des rêves. Yannick Lupien, c'est un modèle auquel, il n'y a pas de doute, s'identifient plusieurs jeunes à qui il s'adresse dans ses conférences.

Mais peu importe de qui il s'agit, il reste que le fait de bâillonner un employé qui s'exprime sur des sujets qui ne sont même pas sensibles pour la Ville constitue un geste de contrôle abusif. Faut-il s'en étonner quand on apprend que lorsqu'ils sont assermentés, les pompiers à l'emploi de la Ville de Trois-Rivières prêtent serment de discrétion envers leur directeur? Que l'on veuille s'assurer que les pompiers respectent la confidentialité des informations reçues dans le cadre de l'exercice de leur fonction, c'est compréhensible. Mais est-ce que la portée d'un tel serment doit être large au point d'empêcher un employé compétent de se prononcer sur un sujet qui ne concerne pas les opérations? On peut en douter.

Autrement, on aurait dû pendant longtemps sanctionner d'autres employés de la Ville, anciens ou actuels, invités sur différentes tribunes pour leurs compétences et leur capacité de bien communiquer. On peut se réjouir que cela n'ait pas été fait. Mais on peut aussi s'inquiéter du précédent qu'aurait pu créer le cas de Yannick Lupien.

On ne sait pas encore si le dossier est clos mais on peut et on doit l'espérer. On ne sait pas non plus à quel point le contexte de négos entre la Ville et ses pompiers a pu jouer un rôle dans cette procédure.

On doit surtout espérer que l'odeur d'omerta qui flotte sur l'hôtel de ville se dissipe le plus rapidement possible.

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