La fausse patate chaude

La question de la fluoration de l'eau potable... (François Gervais)

Agrandir

La question de la fluoration de l'eau potable était de retour lundi soir au conseil municipal de Trois-Rivières.

François Gervais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'eau de Trois-Rivières sera de nouveau fluorée à partir de septembre prochain si tout va comme prévu. Il n'est plus question de moratoire et encore moins de consultation quelconque organisée par la Ville. En adoptant une résolution bonbon lundi soir, le conseil s'est lavé les mains et a refilé au ministère de la Santé et des Services sociaux une fausse patate chaude.

Au départ, le conseiller François Bélisle voulait présenter une résolution demandant un moratoire et une consultation. Mais visiblement, cette tentative était vouée à l'échec. Dans les heures qui ont précédé l'assemblée publique du conseil, les élus ont travaillé sur une autre résolution, qui n'a ni effet contraignant, ni conséquence légale. 

La résolution dit que la Ville de Trois-Rivières «invite» le ministère de la Santé et des Services sociaux à «prendre les moyens nécessaires» pour consulter les Trifluviens et informer la Ville «que la nécessaire condition de l'acceptabilité sociale a été rencontrée» pour la fluoration de son eau potable.

C'est un voeu pieux. Rien de plus.

La porte-parole de la Coalition trifluvienne pour une eau très saine, Joan Hamel, disait lundi soir se réjouir de la position de la Ville. C'est à n'y rien comprendre. Plusieurs essaient de voir un gain dans le fait que pour la première fois dans cet interminable débat, la Ville reconnaît l'importance de l'acceptabilité sociale, un concept qui fait défaut dans le contexte actuel, mais qui n'empêche pas les autorités municipales d'aller de l'avant. C'est un faux gain. C'est une mince consolation. 

C'est la montagne qui accouche d'une souris.

Le geste posé lundi soir par le conseil signifie ni plus ni moins la mort de tout espoir d'abandonner la fluoration.

Pourquoi? Parce que le ministère de la Santé n'a aucun mécanisme et probablement aucun précédent dans la tenue de consultations à grande échelle. Et parce que même si la Ville «invite» le ministère, celui-ci n'est aucunement lié par cette invitation. Comme il n'était pas non plus lié par la recommandation découlant des travaux de la commission parlementaire qui a étudié la question de la fluoration à l'Assemblée nationale en 2013 et selon laquelle les municipalités étaient encouragées à rendre disponible la fluoration «tout en favorisant une plus grande acceptabilité sociale de cette mesure».

De nombreux citoyens opposés à la fluoration ont décrié la décision du conseil de renvoyer la balle à Québec. Plusieurs s'étaient déplacé à l'hôtel de ville et n'ont pas hésité à qualifier de «dictateurs» les membres du conseil ou de crier haut et fort qu'il s'agissait de «mépris envers la population» ou d'«orgueil mal placé». Le maire a dû ajourner la séance pendant une quinzaine de minutes, du rarement vu à l'hôtel de ville.

En maintenant sa position ferme, le maire s'est de nouveau exposé à la colère des opposants à la fluoration. Et même s'il «invite» Québec à agir pour améliorer l'acceptabilité sociale, il reste pris avec cette étiquette de politicien qui n'écoute pas la population, que plusieurs se font un malin plaisir de lui accoler.

Il y a eu beaucoup de rebondissements dans le dossier de la fluoration au cours des dernières années. Beaucoup d'éléments nouveaux. Cela aurait dû être suffisant pour allumer une lumière rouge sur le tableau de bord du maire. Tenir une vraie consultation référendaire, comme Trois-Rivières n'en a pas eu assez souvent, aurait réglé le problème une fois pour toutes. Et peu importe l'issue, le conseil municipal n'aurait pas eu la responsabilité d'être l'entité qui dit oui à l'administration forcée d'une substance chimique à toute une population. 

Le geste posé lundi ne fait qu'ouvrir la voie à ce qu'on voyait venir depuis quelques mois: l'élection de novembre 2017 sera une élection référendaire sur la question de la fluoration.

Mais ça fera plus d'un an que les Trifluviens auront retrouvé leur eau fluorée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer