Flusher dans le secret

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Quelque 150 millions de litres d'eaux usées ont été déversés dans la rivière Saint-Maurice, à Trois-Rivières.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Il y a quelque chose d'ironique dans le fait que la Ville de Trois-Rivières n'ait eu d'autre choix que de déverser dans la rivière Saint-Maurice, pas très loin de l'embouchure du fleuve, 150 millions de litres d'eaux usées.

Il y a neuf mois environ, quand Montréal avait annoncé qu'elle n'avait pas d'autre solution que de déverser temporairement ses eaux usées dans le fleuve, le maire Yves Lévesque avait protesté contre cette mesure. Il avait dit qu'à Trois-Rivières, un tel déversement ferait «scandale».

S'il y a quelque chose de scandaleux dans le fait que la Ville a été forcée de déverser pendant deux jours et demi ses eaux usées dans la rivière, ce n'est peut-être pas tant le déversement lui-même mais la culture du secret dans lequel il s'est produit.

Qu'on s'entende: un déversement d'eaux usées dans un cours d'eau, ce n'est jamais une bonne nouvelle. Mais s'il y a des individus compétents qui ont jugé que c'était la solution appropriée, il serait malavisé de la critiquer ici.

Si ce qu'ont avancé les autorités municipales, comme quoi c'était l'action à prendre pour éviter qu'un refoulement d'égouts se produise dans quelque 70 000 résidences est vrai, alors soit.

À plus forte raison si l'opération a été avalisée par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. On prend une grande respiration, on pile sur notre conscience et nos bons sentiments écologiques et on passe à autre chose.

Un peu comme on l'a fait quand Montréal a déversé 4,9 milliards de litres d'eaux usées l'automne dernier.

Ce qui est déplorable, dans le déversement qui vient de se produire à Trois-Rivières, c'est que ça s'est fait dans le secret. En catimini.

N'eût été de questions posées par les médias, une semaine après l'incident qui aurait forcé la Ville à procéder au déversement, on n'en aurait probablement jamais entendu parler. Et ça, c'est inquiétant.

La Ville de Trois-Rivières n'a pas voulu jouer la carte de la transparence. Son porte-parole en a même rajouté en indiquant que la Ville n'a rien voulu cacher.

«On a répondu aussitôt qu'on nous a posé la question», a-t-il fièrement déclaré. L'information aux citoyens et la reddition de comptes, dans le monde municipal et dans la sphère politique en général, ça ne doit pas reposer uniquement sur les questions des médias.

La Ville convoque souvent les médias pour toutes sortes de sujets. Quand il s'agit de faire des bilans mensuels de la police, d'annoncer la vente annuelle de livres usagés, de parler des belles rénovations ou des mosaïques florales, d'annoncer la fermeture des piscines ou des patinoires, de présenter les lauréats de l'Ordre de La Vérendrye, les médias répondent presque toujours présents. C'est de l'information utile à la population.

Mais quand on a recours à une disposition de la Loi sur les cités et villes qui est l'équivalent de décréter l'état d'urgence, là on ne daigne même pas émettre un communiqué. Il y a un problème.

Ce n'est pas tous les jours que la Ville se prévaut de cette disposition selon laquelle le maire peut décréter toute dépense qu'il juge nécessaire et octroyer tout contrat lorsque survient un cas de force majeure «de nature à mettre en danger la vie ou la santé de la population ou à détériorer sérieusement les équipements municipaux».

C'est ce qui s'est produit le 20 juin. Et c'était assurément ce qu'il y avait à faire. Mais la moindre des choses aurait été d'en informer la population.

Et ça ne semble pas s'améliorer. La Ville refuse toujours de dire combien les opérations ont coûté jusqu'à maintenant.

Et on espère toujours que lorsque les experts mandatés pour reconstituer le fil des événements qui ont provoqué la panne et entraîné le déversement auront terminé leur analyse, on en saura davantage sur la cause exacte, les responsables, les coûts.

La population a le droit de savoir.

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