Pas de quoi se péter les bretelles

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Québec débloque 5 millions $ en aide d'urgence pour venir en aide aux victimes de la pyrrhotite. Les députés libéraux de la région ont sauté sur l'occasion pour faire une grosse annonce, lundi. Si leur travail dans ce dossier est louable, celui du gouvernement qu'ils représentent est un peu moins reluisant.

Comment se fait-il que cette aide d'urgence arrive si tard? La saison de la construction est amorcée depuis longtemps et déjà, on est à moins de trois semaines de l'incontournable pause des vacances. On n'a pas vu venir l'urgence avant le 27 juin?

Ça fait des mois, pourtant, que les victimes de la pyrrhotite répètent qu'il y a urgence d'agir et que les carnets de commande des entrepreneurs en levage de maisons et en coulage de fondations se remplissent rapidement. De tels travaux doivent se faire en été, ce n'est pas nouveau.

Le danger, en intervenant aussi tard, c'est que des propriétaires touchés se cognent le nez auprès d'entrepreneurs qui ont déjà accepté des contrats ailleurs, ou encore qu'ils se retrouvent face à un gonflement des prix en raison de la forte demande soudainement créée.

L'aide de 5 millions $ versée par Québec permettra, dit-on, de réparer 66 maisons d'ici la fin de l'été. C'est encore bien peu quand on considère que dans la région, ce sont plus de 4000 maisons qui sont touchées et que c'est pas moins de 600 millions $ qui seraient nécessaires pour venir en aide aux propriétaires.

Le plus choquant, dans tout ça, c'est que ce que verse le gouvernement prend la forme de prêts sans intérêts. Ce ne sont pas des subventions ou des dons de charité! Et on a l'impression que l'aide vient au compte-gouttes, qu'il faut implorer tous les saints du ciel pour que Québec délie les cordons de la bourse. Temporairement, doit-on le rappeler.

Ajoutons à cela le fait que des travaux de construction autour de 100 000 $ par maison, ça génère de jolis montants en taxes. Ça fait travailler du monde dans l'industrie de la construction, donc ça rapporte en impôts. Au bout du compte, Québec sort gagnant de ces «prêts sans intérêts». Et s'il ouvrait un peu plus les vannes en ce sens, il passerait peut-être pour un gouvernement qui lui reste un peu de coeur.

On comprend mal pourquoi les gouvernements sont si hésitants et surtout si lents à aider les victimes de la pyrrhotite. On l'a souvent dit, mais si c'était une catastrophe naturelle ou un accident de grande ampleur, l'aide viendrait rapidement et, surtout, sans avoir été l'objet de supplications ou de combats politiques de députés locaux.

L'autre aberration dans ce dossier d'aide financière aux victimes, c'est l'incroyable labyrinthe administratif dans lequel se retrouve la première tranche de 10 millions $ sur les 30 millions $ consentis par le fédéral. Ça fait déjà plus de trois mois que l'aide a été annoncée dans le budget du gouvernement Trudeau et les victimes n'en ont toujours pas vu l'ombre.

Le grand drame des victimes de la pyrrhotite, c'est d'être aux prises avec une catastrophe sournoise, presque invisible, qui n'a pas entraîné une ruée médiatique à un moment précis.

S'il y a des députés qui travaillent fort, et c'est le cas dans le dossier de la pyrrhotite, il y a malheureusement des gouvernements qui font tout pour éviter le sujet.

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