Les hommages amovibles

Ce que viennent de faire la Ville de... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Ce que viennent de faire la Ville de Trois-Rivières et la direction des Aigles, en offrant le nom du stade Fernand-Bédard à un généreux commanditaire, c'est purement et simplement de la prostitution toponymique.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce que viennent de faire la Ville de Trois-Rivières et la direction des Aigles, en offrant le nom du stade Fernand-Bédard à un généreux commanditaire, c'est purement et simplement de la prostitution toponymique.

Le maire Yves Lévesque a beau répéter que le nom de Fernand Bédard demeure associé au stade, mais dans les faits, l'entente entre Stéréo Plus et le Club de baseball des Aigles Can-Am mentionne que l'équipe offre à son partenaire le nom du stade, ce qui comprend l'affichage sur la façade de l'édifice et l'utilisation de ce nom dans les communications et le marketing des Aigles.

Le plus curieux, c'est que l'entente entre le commanditaire et l'équipe fait référence au fait que la Ville de Trois-Rivières a donné aux Aigles les droits exclusifs relatifs à la vente publicitaire et promotionnelle, en prenant soin de mentionner «dont le nom du stade».

Or, l'entente avec la Ville, datée de décembre 2015, ne mentionne de façon très large que «le club sera responsable de ses liens avec la Ligue Can-Am, de ses calendriers de joutes et d'entraînements, de la gestion de ses opérations baseball et des concessions, incluant la publicité».

De façon plus spécifique, l'entente concède aux Aigles le droit d'exploiter - et donc de vendre de la publicité - sur l'écran géant. Rien concernant le nom du stade n'est mentionné dans l'entente.

Le partenariat majeur annoncé mercredi entre Stéréo Plus et les Aigles a été signé le 16 mai dernier. Et il a été entériné par le comité exécutif de la Ville le 14 juin. Il est mentionné, dans la résolution, que la Ville approuve donc l'entente permettant de nommer le stade «Stade Stéréo Plus» et de conserver les redevances lui provenant de la conclusion de cette entente.

On est bien loin de la simple utilisation de l'écran géant. On sacrifie le nom du stade lui-même. Pire, on a recouvert la mention «Stade», apposée en relief sur la façade de celui-ci, avec l'enseigne du commanditaire. La commandite s'en prend aussi à l'architecture.

Et la façon dont on l'a annoncé à Fernand Bédard lui-même est bien peu édifiante. L'homme, prévenu par un simple coup de fil du président des Aigles, a tout de même été gentleman - comme il l'a toujours été - et a indiqué qu'il comprenait les impératifs financiers liés à l'exploitation d'une équipe de baseball professionnelle et la nécessité d'avoir des commanditaires.

Mais ce que cet épisode d'attribution de nom au plus offrant vient dire, c'est que la Ville n'a plus aucun respect et plus aucun contrôle sur les hommages qu'elle choisit de rendre en nommant des édifices publics en l'honneur de personnalités marquantes.

Qu'arriverait-il si, demain matin, le Club Wouf-Miaou verse un généreux montant à la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières et exige, en retour, que son nom soit associé à la salle J.-Antonio-Thompson? La Ville pourra-t-elle dire non? Il y a un dangereux précédent.

On ne poussera pas l'audace jusqu'à renommer des rues, parce que ça implique des changements importants pour les résidents et les commerçants, mais pour les parcs, les arénas, le stade, les salles de spectacle, les bibliothèques, il n'y a plus de règle qui tienne.

Même si on peut comprendre la situation précaire des Aigles sur le plan financier, on ne peut que se désoler du fait que la Ville, en donnant sa bénédiction à un changement de nom, rend ses hommages amovibles. Elle peut les retirer, temporairement ou de façon permanente, comme bon lui semble. Ici, c'est l'argent qui mène.

La Ville aurait pu proposer un compromis en acceptant que le nom de Stéréo Plus soit juxtaposé au nom du stade pour donner le «stade Fernand-Bédard - Stéréo Plus». Au moins on aurait conservé la valeur symbolique de l'hommage rendu.

Faut-il s'étonner du peu de respect que la Ville accorde à sa toponymie? Pas tellement. Elle avait aboli le comité qui était chargé de ces questions, ce qui en disait déjà long sur l'importance qu'elle y accorde.

Ville d'histoire et de culture, vous dites?

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