Drainville, le «lâcheux»

Bernard Drainville... (Archives Le Soleil)

Agrandir

Bernard Drainville

Archives Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Les démissions de députés en cours de mandat sont devenus une véritable épidémie. La plus récente est aussi la plus répugnante.

Parce qu'elle est celle d'un député qui avait beaucoup fait pour atténuer le cynisme de la population envers les élus et les institutions. Un député qui avait lui-même été très dur envers les députés qui quittent leurs fonctions en cours de mandat.

Bien que la contribution de Bernard Drainville à la vie politique soit importante, on retiendra de lui ce départ précipité qui alimente encore le désabusement de l'électorat envers ses représentants.

Un départ précipité qui n'est pas sans rappeler celui d'un certain Pierre Karl Péladeau, il y a un mois et demi à peine. Sauf que PKP avait, lui, une bonne raison. Bernard Drainville, lui, quitte pour accepter un poste d'animateur dans une radio de Québec. Il succédera en quelque sorte à Nathalie Normandeau.

En 2013, en marge du débat sur les primes de départ versées aux députés démissionnaires, le député de Marie-Victorin avait déclaré qu'«un élu qui choisit de son plein gré de démissionner en cours de mandat ne respecte pas le contrat moral qu'il a pris avec ses électeurs».

Aujourd'hui, c'est l'arroseur arrosé. Et ce n'est rien pour améliorer la perception que la population a de ses représentants. Surtout que son départ, comme celui de dix autres députés depuis la dernière élection générale, entraîne la tenue d'une élection complémentaire, ce qui représente des coûts de plus d'un demi-million de dollars. Il y a trois ans à peine, Bernard Drainville déplorait que les contribuables aient à payer pour la tenue d'une partielle.

Puisqu'il faut quand même rendre à César ce qui appartient à César, il faut saluer la contribution politique de cet ex-journaliste. Il aura été le père de la Charte des valeurs, une proposition imparfaite et souvent mal aimée, mais qui aura tout de même bénéficié de l'appui d'une majorité de citoyens, sondage après sondage avant de finir en une spectaculaire queue de poisson.

Bernard Drainville aura aussi réussi à faire avancer le fonctionnement démocratique de la politique en faisant adopter, à l'unanimité, des lois comme celle sur le financement public des partis ou sur la tenue d'élections à date fixe.

Son départ, que certains attribuent déjà à la perspective d'une inévitable rétrogradation lorsque le prochain chef du PQ entrera en fonction, laisse perplexe. La perte de ses fonctions de leader parlementaire apparaît probable, ce qui le reléguerait au rang de simple député, avec ce que cela implique de perte de revenus.

Une offre de la radio devenait soudainement alléchante. Et on peut maintenant se demander ce que Drainville-l'animateur-de-radio aurait pensé de cette situation si elle mettait en scène un député libéral ou caquiste.

Un jour, il faudra peut-être que le «contrat moral» qui lie un député à ses électeurs se transforme en une «obligation contractuelle».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer