La pointe de l'iceberg

Véritable vache à lait du gouvernement provincial, la... (La Presse)

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Véritable vache à lait du gouvernement provincial, la SAQ fonctionne selon des principes et des règles qui appartiennent à une autre époque. Résultat: les Québécois sont ceux qui, en Amérique du Nord, payent le plus cher pour les vins d'importation.

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il serait temps d'amorcer une importante réflexion sur le mandat, les façons de faire et peut-être même la pertinence de la Société des alcools du Québec. Ou de la poursuivre si on estime qu'elle est amorcée.

Dans son rapport annuel, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a posé sa loupe cette année sur la société d'État et formule différentes recommandations intéressantes, notamment quant à sa structure d'achat et aux mécanismes de majoration qui ont pour effet de gonfler les prix de vente de façon démesurée.

Le chapitre du rapport du Vérificateur général du Québec consacré à la SAQ compte une quarantaine de pages et devrait servir de point de départ à une remise en question du modèle de la SAQ. Véritable vache à lait du gouvernement provincial, la SAQ fonctionne selon des principes et des règles qui appartiennent à une autre époque. Résultat: les Québécois sont ceux qui, en Amérique du Nord, payent le plus cher pour les vins d'importation.

C'est plus ou moins étonnant quand on constate que les majorations varient et peuvent atteindre 131 %. En Ontario, les marges de la LCBO sont fixes et limitées à 71,5 %. La politique de majoration vise à permettre à la société d'État de couvrir ses frais mais aussi et surtout, de verser des dividendes au gouvernement du Québec.

En 2014-2015, la SAQ a versé un peu plus de 1,6 milliard $ dans les coffres de l'État en dividendes (1,03 milliard $), en taxe spécifique (256 millions $) et en taxe de vente provinciale (340 millions $). Il y a dix ans à peine, le montant versé à Québec par la SAQ était de «seulement» 1 milliard $.

Quand on décortique, par exemple, le prix de vente d'une bouteille, on se rend compte à quel point le consommateur québécois est floué. Une bouteille qui se vend 14,05 $ à la SAQ - et qui se vendrait probablement entre 11 $ et 12 $ en Ontario - coûte à l'origine 3,88 $ ou 46,60 $ pour une caisse de douze bouteilles.

Ajoutons les frais de transports, les droits d'accise et de douanes et cette caisse de 12 bouteilles revient à 60,46 $. La SAQ applique alors une majoration de 73,09 $ sur cette même caisse, ce qui équivaut à 121 % du prix d'origine. Résultat: la bouteille acquise pour moins de 4 $ se retrouve sur les tablettes de la SAQ à plus de 14 $. En France ou en Belgique, la même bouteille se vendrait entre 4 et 6 euros...

Et ce que pointe du doigt la vérificatrice générale, c'est la structure d'achat des vins, qui fait en sorte que la société d'État n'a pas intérêt, aussi étrange que cela puisse paraître, à négocier de meilleurs prix auprès des fournisseurs.

Ce constat devrait toutefois contribuer à faire la démonstration que le modèle de la SAQ est désuet en plusieurs points. L'organisme a été mis sur pied à une époque où boire du vin était pratiquement considéré comme un luxe.

Aujourd'hui, le vin est bien davantage intégré aux habitudes de consommation. Et il n'est certainement pas dans la mission d'un État, en 2016, de vendre de l'alcool. Ou de mettre en place un ridicule programme de fidélisation...

Les recommandations de la vérificatrice générale ne vont pas jusqu'à aborder la question de la privatisation de la SAQ, comme l'avait avancé la commission sur la révision des programmes, présidée par Lucienne Robillard, ni celle de la libéralisation du marché de la vente d'alcool.

Mais il serait souhaitable que les réflexions puissent aller jusque-là. Espérons que les points soulevés dans le rapport ne soient que la pointe de l'iceberg d'une analyse plus globale de la situation de la vente au détail de vins et de spiritueux par une société d'État.

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