Manque de jugement

La ministre responsable de la Réforme des institutions... (Ivanoh Demers, Archives La Presse)

Agrandir

La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis.

Ivanoh Demers, Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les excuses ont la cote ces jours-ci dans les différentes assemblées parlementaires. S'il est noble pour un parlementaire de s'excuser après avoir posé un geste malheureux ou prononcé des paroles déplacées, on ne peut pas oublier que s'il y a excuses, c'est qu'il y a eu faute. Et souvent, la faute en question est attribuable à un manque de jugement.

Il y a là quelque chose de pathétique, parce que la première chose à laquelle on s'attend de la part de ceux qu'on élit, c'est justement d'avoir du jugement.

Le dernier épisode d'excuses de la part d'une parlementaire est celui de la ministre Rita de Santis, qui a solidement dérapé vendredi dernier, alors qu'elle participait à une rencontre avec des représentants d'organismes communautaires à Montréal-Nord.

Dans le cadre d'une discussion sur l'importance d'avoir des rêves, la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques a spontanément raconté un épisode de son enfance.

«Ma maîtresse m'a dit: ''ma chérie, tu ne vas jamais réussir dans la vie, tu parles avec un accent italien.''» Et elle a enchaîné en faisant cette étrange déclaration: «Toute personne qui parlerait à un enfant comme elle m'a parlé devrait être tuée, massacrée, jetée je ne sais pas où.»

On ne sait pas trop ce qui a pu passer par la tête de la ministre pour qu'elle s'exprime ainsi. Bien sûr on peut en vouloir aux personnes qui découragent les enfants d'avoir des rêves, mais au point de vouloir les «massacrer» ou de les «tuer»? Vraiment?

Évidemment, la ministre s'est confondue en excuses tout au long de la fin de semaine et mardi encore devant les journalistes à l'Assemblée nationale. Mais quelque sincères qu'aient pu être ses excuses, le mal était fait. Il est inacceptable, surtout pour une personnalité politique, de tenir des propos incitant, de quelque façon que ce soit, à la violence.

La semaine dernière, c'était le premier ministre Justin Trudeau qui multipliait les excuses après avoir bousculé par inadvertance la députée Ruth Ellen Brosseau en pleine Chambre des communes. Si le geste était accidentel, il n'en demeure pas moins que le fait pour un premier ministre de quitter son siège pour aller épingler le whip de l'opposition officielle pris dans un barrage de députés néodémocrates, ça manque de jugement.

D'autres exemples récents? Le député caquiste Éric Caire qui présente ses excuses au ministre Jacques Daoust après s'être moqué du fait qu'il portait des appareils auditifs. Ou Gaétan Barrette qui s'excuse auprès de la députée péquiste Diane Lamarre. Ou Carole Poirier qui, sans s'excuser, affirme avoir employé une «métaphore malheureuse» quand elle a accusé le gouvernement libéral de «mettre en oeuvre des actes de violence et de discrimination sexiste».

Il peut arriver, dans le feu de l'action et surtout en politique, que les paroles ou les actes de quelqu'un dépassent sa pensée. Mais le problème, c'est qu'on assiste à tant d'épisodes qu'on dirait presque que ça devient la règle. Et on a surtout l'impression que ça banalise la valeur des excuses. Qu'on peut dire à peu près n'importe quelle niaiserie en toute impunité, pourvu qu'on s'excuse en se croisant les doigts pour que l'histoire soit rapidement oubliée.

Ça, ça commence à être grave. Parce que si les épisodes répétés de propos ou de gestes inappropriés de la part de politiciens ont pour effet d'alimenter le cynisme de la population envers les institutions et envers leurs représentants, ils témoignent surtout du manque de jugement qui affecte de plus en plus de politiciens.

Malheureusement, c'est quelque chose qui ne se mesure pas. Et il n'y a pas de certification «doté d'un jugement à toute épreuve» qu'on pourrait accorder à nos politiciens.

Dans un monde idéal, ce serait à chaque homme ou chaque femme politique de travailler sur sa propre «certification».

Mais ça, c'est dans un monde idéal.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer