Pour que le vote compte davantage

Même si certains aspects de la démarche demeurent encore nébuleux, il était... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Même si certains aspects de la démarche demeurent encore nébuleux, il était grand temps qu'un gouvernement fédéral pose un geste concret pour revoir le mode de scrutin.

Le gouvernement de Justin Trudeau vient de donner suite à un de ses engagements électoraux en annonçant la mise sur pied d'un comité chargé de se pencher sur des systèmes de scrutin de rechange viables.

Depuis le temps qu'on parle, au Canada comme au Québec, de revoir le mode de scrutin pour refléter plus fidèlement le vote de la population, on ne peut que saluer cette initiative. C'est la première fois qu'on se rend aussi loin dans la volonté de modifier le système électoral.

Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Mais c'est déjà un pas de géant si on se reporte trente ans en arrière, à l'époque des libéraux de John Turner. Le chef libéral avait alors déclaré ne pas croire à la représentation proportionnelle parce qu'elle affaiblissait les gouvernements. On a donc fait du chemin.

Évidemment, les différentes formes de représentation proportionnelle seront à l'étude par ce comité parlementaire. La plupart des modèles basés sur ce concept permettraient d'avoir un parlement plus représentatif de la volonté de l'électorat.

Le système actuel majoritaire uninominal à un tour est suranné. Il est conçu pour un système bipartite, mais depuis plusieurs années, la présence d'autres partis vient brouiller les cartes, tant au fédéral qu'au provincial.

La principale distorsion de notre mode de scrutin actuel réside dans le fait que des gouvernements se retrouvent au pouvoir sans avoir la majorité des votes à l'échelle nationale. Ç'a été le cas pour les neuf élections générales depuis 1988.

Les scénarios les plus populaires pour pallier ce problème demeurent la proportionnelle pure et la mixte compensatoire. Aucun de ces modes de scrutin n'aurait rien changé à l'élection d'un gouvernement libéral en octobre dernier, mais ils auraient fait en sorte que ce gouvernement n'aurait pas été majoritaire. Le pourcentage des votes obtenus par les autres partis aurait été mieux représenté dans la composition de la Chambre des communes.

Avec une proportionnelle pure, les libéraux auraient obtenu 134 députés au lieu de 184, les conservateurs 109 au lieu de 99, le NPD 67 au lieu de 44, le Bloc québécois 16 au lieu de 10, et le Parti vert 12 au lieu d'une seule députée. Avec une mixte compensatoire, le Parti libéral aurait 164 députés, le Parti conservateur 104, le NPD 53, le Bloc 12 et le Parti vert 5.

À l'inverse, avec le vote préférentiel, le nombre de députés libéraux serait encore plus élevé. Pas étonnant que ce soit le scénario préconisé par les libéraux, même s'ils disent entamer le processus avec l'ouverture la plus totale...

Si les modèles proportionnels ont l'avantage de garantir une meilleure illustration des résultats électoraux dans la députation, ils ont par contre l'inconvénient de la nouveauté et de la nécessaire adaptation des pratiques actuelles. Il faudrait, par exemple, préciser les conditions de formation des gouvernements, puisque la perspective de devoir former des gouvernements de coalition serait alors plus présente que jamais.

Et ça, ce n'est pas toujours facile. Comment le Canada pourrait-il se doter de mécanismes pour éviter de se retrouver sans gouvernement pendant une longue période, comme ce fut le cas pendant 541 jours en Belgique en 2010-2011?

Il faudra faire preuve d'imagination, de rigueur et surtout pas de partisanerie.

Attendons de voir les travaux de ce comité, qui sillonnera le pays au complet - ne pourrait-on pas le jumeler avec le comité parlementaire sur Postes Canada qui promet de faire la même chose? - pour prendre le pouls de la population.

Souhaitons qu'en bout de ligne, quelque chose de concret puisse émerger de ces travaux afin de redonner confiance aux électeurs et d'augmenter le taux de participation aux élections.

Juste ça, ce serait une grande réussite.

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