La Tuque et les livres

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Il est normal que les habitués de la bibliothèque aient dénoncé cette abolition de poste. Mais c'est toute une communauté qui devrait se sentir concernée.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'abolition du poste de bibliothécaire à la Ville de La Tuque envoie un bien mauvais message. Dans une ville isolée et éloignée, la bibliothèque est le principal lieu de diffusion de la culture et d'accès à celle-ci.

Pour peu qu'il y ait une volonté de la Ville, le bibliothécaire devient un acteur de premier plan pour assurer la vitalité culturelle, littéraire et sociale de la communauté. Malheureusement, les autorités municipales ne voient que des chiffres et des économies potentielles.

La Ville assure que les services ne seront pas touchés et que les tâches seront réparties. Mais se débarrasser d'un bibliothécaire, c'est beaucoup plus grave que ça.

Au Québec, les statistiques démontrent qu'en matière de ressources humaines, les bibliothèques publiques accusent un déficit important par rapport à ce qu'on observe ailleurs au Canada ou dans le monde.

L'Observatoire de la culture et des communications avait déjà réalisé, en 2012, une étude qui démontrait qu'on retrouvait au Québec 0,59 bibliothécaire par tranche de 10 000 habitants. En Ontario, c'est 1,02. En Colombie-Britannique, c'est 1,11. Aux États-Unis, c'est 1,03.

À La Tuque, où la population se situe autour de 11 000 habitants, ce sera maintenant zéro.

Bien sûr il y aura toujours des préposées et probablement un coordonnateur ou une coordonnatrice qui veillera à gérer les collections et les ressources humaines. Mais c'est triste parce que le rôle d'un bibliothécaire va maintenant bien au-delà de ces fonctions.

Il serait utile que les autorités latuquoises regardent l'excellent documentaire de Martine Forand intitulé Le 3e lieu, qui parle des bibliothèques publiques au Québec et qui met en perspective le rôle que doivent jouer les bibliothécaires. Le documentaire en question a été diffusé ces derniers jours à ICI Radio-Canada Télévision.

On y voit des exemples de bibliothécaires qui ont transformé leur bibliothèque en un milieu de vie adapté aux nouvelles réalités, qui ont imaginé et coordonné des activités d'animation, de découverte, d'apprentissage et de socialisation.

Au-delà de la gestion des collections, de la gestion des budgets et de la gestion du personnel, le bibliothécaire est celui qui assure la constance et la qualité dans les relations avec la clientèle, qui partage ses passions, qui écoute celles des gens qui fréquentent la bibliothèque, qui suggère, qui oriente, qui propose. C'est celui qui donne une âme à la bibliothèque.

En 2016, la dimension humaine occupe une place prépondérante dans le travail d'un bibliothécaire. La gestion des budgets, des collections et des ressources humaines, n'importe qui peut le faire. Mais être un spécialiste du livre et être capable d'être à la fois une référence, une mémoire, un éveilleur de passions, ce n'est pas donné à tout le monde.

Déjà qu'en matière de culture, la ville natale de Félix Leclerc n'a pas une offre très diversifiée. La plus grande part du budget loisirs et culture va au centre de ski municipal et au fonctionnement du complexe culturel.

Le budget 2016 pour la bibliothèque est d'un peu moins de 450 000 $, ce qui est quand même bien pour une ville de la taille de La Tuque. Il y a deux ans, on parlait même d'un projet d'agrandissement et de rajeunissement de la bibliothèque afin de la transformer en un lieu communautaire et rassembleur.

Pour que la bibliothèque devienne le véritable carrefour culturel d'une ville, il faut un chef d'équipe capable de donner un souffle nouveau à l'institution. C'est aussi ça un bibliothécaire.

Avec la décision du conseil latuquois, on vient de faire de la bibliothèque de La Tuque une bibliothèque rurale, avec un ou une responsable, quelques rares employés. Pourquoi, tant qu'à y être, ne pas en confier la gestion et les opérations à des bénévoles?

Il est normal que les habitués de la bibliothèque aient dénoncé cette abolition de poste. Mais c'est toute une communauté qui devrait se sentir concernée.

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