Le défi de la modicité

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On ne sait pas encore si ce ne sont que des voeux pieux, mais le moins qu'on puisse dire c'est que la volonté du président et chef de la direction de VIA Rail, Yves Desjardins-Siciliano de revoir un train de passagers passer sur la rive nord avec un arrêt à Trois-Rivières est réelle.

Et les choses semblent vouloir se précipiter, puisqu'on évoque maintenant la possibilité que cela puisse se faire aussi tôt qu'en 2019.

On le croira quand on le verra.

Mais il faut donner le bénéfice du doute au grand patron de VIA Rail, qui est parfaitement conséquent avec ce qu'il avait annoncé lors de son passage remarqué à Trois-Rivières, en novembre dernier. Même que l'échéancier dont il parle maintenant est plus court que ce qui avait été évoqué alors.

Alors supposons qu'il dise vrai et que le retour d'un train de passagers - que l'on dit même à grande fréquence - est possible à moyen terme, il y aura toujours un grand défi pour que cela fonctionne et, éventuellement, que ce soit rentable: la modicité.

Pour que monsieur et madame Tout-le-monde prennent le train, il faut que ce soit abordable.

Actuellement, les tarifs de VIA Rail sont plutôt prohibitifs quand on les compare aux autres modes de transport disponibles ou aux tarifs en vigueur dans d'autres pays ou provinces pour des trajets semblables.

Un aller simple entre Drummondville et Québec, en train, coûte ces jours-ci 58 $. Un trajet Montréal-Québec en coûte 74 $. C'est énorme. Et c'est comparable aux États-Unis, où un trajet entre New Haven et New York coûte, en dollars canadiens, 109 $ ou 59 $ selon que l'on prenne l'ACELA ou le train régional.

En Europe cependant, des trajets semblables sont tout à fait abordables. En France, un aller-simple entre Paris et Lille coûte 19 euros, soit environ 27 dollars canadiens.

En Belgique, un trajet entre Tournai et Bruxelles, sur une distance d'environ 100 km, coûte 13 euros, soit un peu moins de 19 $. Vous voulez prendre le train entre Budapest, en Hongrie, et Vienne, en Autriche?

Vous pouvez aussi le faire pour 13 euros, avec une dizaine de départs chaque jour. Évidemment, le train a la cote en Europe.

Mais nos voisins ontariens ont aussi compris que l'attrait du train comme moyen de transport collectif écologique était étroitement lié aux tarifs raisonnables.

Pour un aller-simple entre Hamilton et Toronto, il faut débourser 12 $. Et si on part d'un peu plus loin, de Niagara Falls par exemple, il en coûte 18,75 $ pour atteindre la métropole.

Il faudra que VIA Rail adopte des tarifs de cet ordre pour rendre l'option ferroviaire intéressante, populaire et rentable. Parce qu'il y a aussi l'autobus - un aller-simple Trois-Rivières - Montréal ou Trois-Rivières - Québec coûte 30,85 $ - mais aussi tous les services de covoiturage, comme AmigoExpress ou Allo-Stop, très populaires et accessibles facilement via le web. Il est possible de trouver un lift pour Montréal pour 10 $.

VIA Rail, si elle souhaite se réapproprier le marché de Trois-Rivières, devra aussi contrer la méfiance toute naturelle qui pourrait être manifestée.

La population a encore sur le coeur l'abandon de la desserte trifluvienne dans le corridor Québec - Montréal, mais aussi elle garde peut-être le souvenir de ce qui a conduit à cet abandon: retard des trains, bris fréquents, baisses de fréquence et transferts sur des autobus.

Il y aura tout un nouveau marché à aller conquérir. Aussi bien le faire en misant sur la qualité du service et sur le caractère abordable de cette option.

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