À chaque «mononcle» sa «matante»

Guy Ouellette, député de Chomedey... (Photo Patrice Laroche, archives Le Soleil)

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Guy Ouellette, député de Chomedey

Photo Patrice Laroche, archives Le Soleil

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Décidément, certaines députées de l'Assemblée nationale et certaines représentantes de groupes de femmes ont la gâchette facile quand il s'agit de partir à la chasse aux propos sexistes. La sortie médiatique des députées Carole Poirier et Manon Massé pour dénoncer les propos tenus par le député libéral Guy Ouellette en commission parlementaire frôle le ridicule.

Le député Ouellette présidait jeudi la séance d'étude des crédits budgétaires du ministère du Conseil exécutif. Au moment de donner la parole à sa collègue libérale Marie Montpetit lors des travaux de cette commission, Guy Ouellette a prononcé la phrase suivante: «Monsieur le premier ministre, on avait besoin d'une touche féminine pour la première partie des crédits. Madame la députée de Crémazie, à vous la parole.»

Il n'en fallait pas plus pour faire crier au scandale la députée Carole Poirier, qui a condamné ce qu'elle considère être un «discours de mononcle». Elle demande des excuses et somme le député de retirer ces propos qu'elle juge sexistes.

On n'y va pas un peu fort sur l'interprétation des propos tenus par le député libéral?

Serait-il possible qu'il n'y ait aucune once de malice ou de sexisme dans cette introduction? Absolument.

À la limite, on pourrait comprendre que certaines personnes puissent trouver maladroite la formulation employée par Guy Ouellette. Mais si on la condamne, on doit du même coup condamner les propos de toutes ces femmes politiques qui ont maintes fois déclaré qu'elles avaient l'impression de faire de la politique différemment de leurs collègues masculins, avec plus de sensibilité, en étant davantage portées sur la concertation plutôt que sur la confrontation. Ce discours sur la façon féminine de faire de la politique, on l'a souvent entendu. Et on y adhère assez facilement parce que sur le fond, c'est probablement vrai. Les femmes en politique sont généralement plus respectueuses et plus humaines.

Et il se peut que le député Ouellette, en donnant la parole à sa collègue Marie Montpetit, ait simplement voulu évoquer cette façon de faire. La «touche féminine» à laquelle il a fait référence, c'est peut-être un compliment, finalement.

En tout cas, c'est comme ça que l'a compris la principale intéressée, qui a indiqué sur Facebook qu'elle considérait ces propos comme étant une «simple formule de courtoisie» et qu'elle n'y voyait rien d'offensant.

Tout le débat sur le féminisme a donné lieu à plusieurs dérapages au cours des derniers mois. Et cet épisode, témoignant d'une susceptibilité outrancière, vient s'ajouter à ceux-ci.

Il faut dire que la députée Poirier ne fait pas dans la dentelle quand elle dénonce ce qu'elle considère être des atteintes à l'intégrité des femmes. Vendredi encore, elle affirmait que le gouvernement libéral «s'emploie à mettre en oeuvre des actes de violence et de discrimination sexiste qui peuvent être physiques, psychologiques, verbaux, économiques, sexuels, sociaux et politiques». L'exagération est un procédé qui vient parfois enlever beaucoup de crédibilité à celui ou celle qui dénonce.

Qu'on se comprenne bien: les revendications des femmes à plusieurs niveaux, notamment pour l'accès à l'égalité, sont nécessaires. Le travail des organismes voués à la condition féminine est admirable. Les prises de position des principaux groupes de femmes viennent souvent enrichir un débat et permettent généralement de voir une situation sous un angle essentiel.

Mais tout le travail des groupes de femmes et tous les combats des voix fortes du féminisme est parfois sapé ou occulté par des réactions épidermiques ponctuelles qui prennent des proportions insensées.

De telles réactions font parfois plus de tort à la cause féministe que la situation qu'on s'applique à dénoncer.

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