Voir un ami pleurer

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Vous lisez ces lignes et vous ne reconnaissez peut-être pas le style habituel ou le cadre plus rigide de l'éditorial. Vous me pardonnerez, je l'espère. Mais les événements survenus à Bruxelles m'ont happé d'une façon toute personnelle.

Associated Press

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Anthony était en congé mardi. Mais s'il avait dû se rendre au travail à la télévision belge, comme à l'habitude, il aurait quitté Tournai à 7 h 44 pour se rendre à Bruxelles en train.

Comme tous les matins, il serait descendu à la gare centrale peu avant 9 heures. Et comme tous les matins, il aurait pris le métro en direction de la RTBF. Il aurait passé à la station Maelbeek vers 9 h 10.

L'explosion dans le métro de Bruxelles, à la station Maelbeek, a eu lieu mardi matin à 9 h 11.

C'était une heure et des poussières après l'attentat survenu à l'aéroport de Zaventem, à une quinzaine de kilomètres plus loin. Les deux attentats auront fait une trentaine de morts et plus de 200 blessés.

Si Anthony avait dû travailler, peut-être qu'il aurait fait partie de ce triste bilan.

Vous lisez ces lignes et vous ne reconnaissez peut-être pas le style habituel ou le cadre plus rigide de l'éditorial. Vous me pardonnerez, je l'espère. Mais les événements survenus à Bruxelles m'ont happé d'une façon toute personnelle.

Anthony est mon conjoint depuis bientôt cinq ans.

Alors vous comprendrez que j'ai suivi les nouvelles avec un regard inquiet. Avec un regard pas tout à fait étranger.

Une relation à distance - en attendant que le Canada fasse d'Anthony un résident permanent -, ça veut dire beaucoup de voyages au Québec pour lui et beaucoup de voyages en Belgique pour moi. L'aéroport de Zaventem, c'est l'aéroport de nos retrouvailles et des au revoir déchirants.

Je ne suis pas le seul à avoir été bouleversé, choqué et inquiété par les attentats de Bruxelles. Ça nous a rappelé les attentats de Paris et tant d'autres encore.

C'est vrai que ça nous touche beaucoup plus quand des attentats se produisent dans des villes européennes ou occidentales, dans des endroits qui nous sont familiers, ou quand ils touchent des populations à travers lesquelles on se reconnaît plus facilement. Et encore plus quand elles parlent français. La couverture médiatique est plus intense. C'est bien triste, mais c'est la réalité.

Les attentats survenus en Turquie, au Liban, au Mali, en Tunisie, en Côte d'Ivoire, au Nigéria et ailleurs sont aussi tragiques, sinon plus. Et pourtant, on ne fait pas des émissions en direct, on ne met pas des drapeaux en berne à chaque fois.

Mardi, l'Europe a été frappée en plein coeur. Bruxelles, c'est en quelque sorte la capitale d'une Europe bouleversée, d'une Europe qui lutte contre le terrorisme et qui doit de plus en plus lutter contre la xénophobie.

On n'a pas fini d'entendre parler de ces attentats. On aura droit aux analyses qui nous diront que c'était prévisible, surtout après l'arrestation, à Bruxelles, de Salah Abdeslam, qui a pris part aux attentats de Paris.

On nous dira que d'autres cellules préparent d'autres attentats. On verra les niveaux de sécurité maintenus à leur niveau le plus élevé. On refera le parcours des kamikazes du métro et de l'aéroport. On nous parlera du vivre-ensemble, de Molenbeek, du recrutement des djihadistes.

Je n'ai pas envie de disséquer les causes possibles ou de spéculer sur les moyens qui doivent être pris ou sur les ripostes qui doivent être données. Je ne suis pas un spécialiste. Aujourd'hui, l'exposition de mes opinions ou de mes convictions ne m'intéresse pas. Aujourd'hui, j'ai le coeur qui me lève et les yeux qui me roulent dans l'eau.

À cause d'Anthony, de sa famille, de nos amis qui sont là-bas. Mais aussi parce que c'est la Belgique qui était visée.

Tous ceux qui ont voyagé en Europe et qui peuvent comparer la France et la Belgique vous le diront: les Québécois ont beaucoup plus de traits communs avec les Belges, particulièrement avec les Wallons.

Dans leur spontanéité, dans la chaleur de leur accueil, dans leur bonhomie, dans leur rapport à la France, dans leur accent, même. Les Belges sont aussi les cousins des Québécois. Ou leurs grands amis.

Et comme Brel le chantait, c'est toujours dur de voir un ami pleurer.

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