Persona non grata

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La leader française d'extrême droite Marine Le Pen, lors d'une conférence de presse à Québec

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On ne sait pas trop si la présidente du Front national, Marine Le Pen, espérait rencontrer des représentants de la classe politique québécoise ou canadienne au cours de cette visite de huit jours.

Mais chose certaine, si elle entretenait de tels espoirs, elle sera déçue. Les représentants des grandes formations politiques ont refusé de la rencontrer, soit en affirmant clairement qu'ils n'y voyaient pas d'intérêt, soit en prétextant des échappatoires plus ou moins habiles.

Dire non à la figure de proue de l'extrême droite française était la bonne chose à faire. Même si ça ne fait pas très courtois.

Être vu en sa compagnie aurait prêté le flanc à toutes les critiques. Il n'était toutefois pas nécessaire d'être grossier comme l'a été Bernard Drainville en disant, peu avant son arrivée, qu'elle devrait «débarquer de l'avion et rembarquer illico, retourner chez elle». L'intimer de retourner chez elle, c'est lui appliquer la même médecine qu'elle veut servir aux immigrants qui frapperont aux portes de la France.

On comprend les politiciens de ne pas vouloir s'afficher avec une personne à la tête d'un parti aux positions ultranationalistes et protectionnistes. Le programme du Front national, qui n'en est pas à une contradiction près, contient des idées qui sont aux antipodes de ce que la société québécoise considère comme ses valeurs fondamentales.

Le Front national, c'est l'extrême droite française. En gros, c'est l'augmentation du budget de la défense, la sortie de la zone euro, l'abolition du mariage de personnes de même sexe, la réduction du nombre d'immigrants de 200 000 à 10 000 par année, le rétablissement de la peine de mort, la création de 40 000 nouvelles places dans les prisons, l'augmentation des effectifs policiers et de gendarmerie, et plein d'autres mesures du genre. Le parti est passé maître dans l'art de jouer sur la peur pour alimenter le repli sur soi de la France et des Français.

Certains adversaires de Marine Le Pen tentent d'ailleurs de faire éclater le vernis et de faire disparaître ce maquillage par lequel l'extrême droite française se transforme mystérieusement en une option tout à fait convenable.

Dans un discours mémorable à l'Assemblée nationale, le premier ministre Manuel Valls avait piqué une sainte colère envers Marion Maréchal Le Pen, la nièce de Marine Le Pen, qui est députée dans le Vaucluse.

Valls avait accusé l'extrême droite française de «tromper les petites gens» et il avait ajouté qu'il était temps «qu'on déchire le voile, la mascarade» qui est celle du Front national.

Mais cette droite populiste et même sa version extrême demeurent suffisamment attirantes pour propulser des partis comme le FN assez haut dans les sondages. C'est un courant qui séduit beaucoup par les temps qui courent. La droite populiste rejoint de plus en plus de monde à peu près partout. Elle canalise souvent la colère des individus et la rébellion envers les institutions traditionnelles.

Sur ce point, la récupération à laquelle se livre le parti de Marine Le Pen n'est pas sans rappeler ce qui se produit chez nos voisins du sud, avec le phénomène Donald Trump: la population oublie les positions extrémistes des individus ou des partis qu'ils représentent pour ne voir que la valeur de ceux-ci en tant que refuge.

D'ailleurs, le ton sur lequel Marine Le Pen a réagi aux manifestants qui se sont pointés à l'hôtel de Québec où elle rencontrait la presse n'échappe pas aux comparaisons avec Trump. En disant, sourire en coin: «Bon allez les enfants! Allez vous coucher!», elle utilisait une version à peine plus ironique des désormais célèbres Get them out of here! du candidat républicain.

Ce qui choque le plus, dans la visite de Marine Le Pen, c'est qu'elle se permette de faire la leçon à nos dirigeants politiques. Au cours des derniers jours, elle a qualifié de «folie» la décision du gouvernement Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés syriens, et de «choix erroné» la décision du Québec d'accueillir 50 000 immigrants en 2016.

Nous, Madame Le Pen, n'irons pas jusqu'à vous qualifier de «folle» et de dire que vos partisans font un «choix erroné» en vous faisant confiance.

Même si c'est très tentant de le faire.

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