La secousse inattendue

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Robert Lafrenière en marge de la conférence de presse de l'UPAC, jeudi

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a le don de venir voler la vedette un jour de budget provincial.

L'arrestation des ex-ministres Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, de même que de cinq autres personnes qui ont gravité dans l'entourage politique ou dans celui de la firme de génie conseil Roche, est venue secouer la colline parlementaire en même temps qu'elle vient redonner de l'espoir à la population.

Lorsque la juge France Charbonneau a déposé le volumineux rapport de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, à peu près tout le monde est demeuré sur son appétit. Il y avait bien des recommandations essentielles à l'amélioration du fonctionnement de nos institutions démocratiques et de l'étanchéité entre la politique et les affaires sur le plan du financement, mais pas de blâmes.

Et surtout, il y avait un commissaire dissident qui venait porter ombrage au travail colossal qui avait été réalisé par la Commission de 2011 à 2015.

Rien, donc, pour rassasier la population qui perdait peu à peu confiance envers les institutions démocratiques et qui développait un cynisme bien compréhensible envers la classe politique.

L'annonce d'arrestations aussi percutantes par l'UPAC vient peut-être, en quelque sorte, redonner un peu de confiance à Monsieur et Madame Tout-le-monde. Mais de là à dire, comme certains politiciens l'ont fait en réagissant à ce coup de filet, qu'il s'agit d'une grande journée pour la démocratie, il y a une marge. Les accusations et les révélations auxquelles elles vont donner lieu auront encore pour effet de discréditer la classe politique, sans doute avec raison. Il ne faudrait pas s'étonner qu'il y ait d'autres accusations.

Il y a probablement des politiciens qui, depuis jeudi matin, ont des sueurs froides. Soudainement on réalise que le fait d'avoir été blanchi par le rapport de la Commission Charbonneau ne constitue pas nécessairement une absolution aux yeux du bras policier de la lutte anticorruption. Peu importe le parti, il reste encore, à l'Assemblée nationale et dans ses couloirs, des élus et des attachés politiques qui étaient là lors de la période correspondant aux complots mis au jour par l'UPAC. Une douzaine de ministres actuels étaient aussi ministres sous Jean Charest, Philippe Couillard y compris.

Là-dessus, le premier ministre ne peut pas se limiter à dire que les mécanismes de financement politique ont été changés et que le parti qu'il représente n'est plus le même. La tâche sera ardue pour faire la démonstration que tout a changé et que tout le monde est irréprochable.

S'il y a toutefois un aspect positif dans ces arrestations, c'est qu'on est maintenant à même de constater l'indépendance de l'UPAC et la pleine latitude dont elle jouit dans l'exercice de ses mandats et l'accomplissement de ses enquêtes. Plus personne, on en a maintenant la preuve, n'est au-dessus de la loi. Il n'y a plus de raisons, en conséquence, de ne pas renouveler le mandat de son directeur, Robert Lafrenière. Si les libéraux choisissent de ne pas lui redonner leur confiance, alors ils passeront pour de parfaits salauds.

L'UPAC vient de faire la démonstration que les liens entre le financement politique et l'octroi de contrats - liens qui n'avaient pas été entièrement et clairement prouvés par la Commission Charbonneau - peuvent maintenant l'être. Si l'UPAC a décidé de frapper un grand coup, c'est qu'elle a de la preuve pour le faire.

On n'a donc pas fini d'entendre parler de ces liens et des personnages qui ont participé au stratagème. Et contrairement à la série de bourdes que les ministres libéraux ont pu faire au cours des derniers mois, on n'est pas près d'oublier ou de passer l'éponge.

Les électeurs l'auront sur le coeur longtemps.

Et les politiciens en ont encore pour longtemps à traîner une bien triste réputation.

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