Un peu de coeur au parlement

Mauril Bélanger lors de son entrée au Parlement.... (Photo Étienne Ranger, Le Droit)

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Mauril Bélanger lors de son entrée au Parlement.

Photo Étienne Ranger, Le Droit

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) S'il y avait plus souvent, à la Chambre des communes, des moments d'unanimité, de solidarité et d'humanité comme celui qu'on a vécu mercredi, il y aurait probablement beaucoup moins de méfiance envers les politiciens et moins de cynisme envers les institutions parlementaires.
Et un peu d'émotion dans un parlement, ça fait du bien.

Il n'en manquait pas, en tout cas, lorsqu'on a rendu hommage au député d'Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Le député, un vétéran des Communes, souhaitait briguer la présidence de la Chambre lorsqu'il a été réélu en octobre dernier.

Mais le verdict est tombé presque simultanément: l'homme de 60 ans était atteint de cette maladie dégénérative.

Même pas cinq mois plus tard, il ne peut plus s'exprimer par la parole. Il a perdu de la mobilité. Ses déplacements, même avec un déambulateur, sont ardus.

Mais ses collègues députés au parlement fédéral, à l'initiative de son voisin de circonscription Andrew Leslie, ont choisi de lui rendre hommage et de lui permettre d'agir comme président honoraire de la Chambre le temps d'un après-midi. Lui permettre, en quelque sorte, de réaliser le rêve qu'il caressait. Il s'agissait d'une première dans l'histoire parlementaire canadienne.

Il fallait voir ces images émouvantes des députés et du personnel parlementaire, regroupés dans les corridors menant à la Chambre des communes, applaudissant chaleureusement celui qui allait symboliquement présider les travaux. Il fallait voir aussi les chefs des partis d'opposition saluer le courage de Mauril Bélanger.

Le premier ministre, qui a retardé son départ pour Washington en raison de ce moment exceptionnel aux Communes, a remercié son député pour les combats qu'il a menés et qu'il mène encore pour les droits des francophones de l'Ontario, notamment.

Le président d'un jour était ému des hommages rendus et il a essuyé quelques larmes sur le trône du président. Devant lui, des députés - peu importe le parti - avaient aussi les larmes aux yeux. Son épouse, assise dans les tribunes, était aussi visiblement très touchée par ce moment unique.

Si le défi du seau d'eau glacée ou Ice Bucket Challenge a donné beaucoup de visibilité à la SLA et qu'il a permis d'amasser des sommes considérables pour la recherche reliée à cette maladie, on pourra dire sans se tromper que la journée de mercredi sur la colline parlementaire, à Ottawa, est venue donner une émotion toute particulière à celle-ci.

Pour une rare fois, on a mis de côté la politique partisane pour saluer le courage d'un collègue de travail.

D'ailleurs, on se rend compte que les parlements deviennent toujours plus respectueux - et forcément plus respectables - quand on laisse tomber la partisanerie.

Autant dans les hommages que dans les débats entourant des projets de loi à forte incidence sur la définition de notre société. Les députés savent aussi être des êtres humains sensibles et courtois, capables de fraternité. Malheureusement, ce n'est pas la facette qu'on nous montre d'eux le plus souvent.

Il serait grand temps que les parlementaires s'intéressent sérieusement aux moyens qui pourraient être mis de l'avant pour, justement, donner un peu de lustre aux institutions qu'ils représentent.

Et on pourrait s'inspirer largement des perceptions positives générées par les occasions où on oublie la partisanerie.

Ce n'est pas demain que changera notre système parlementaire, dominé par les partis politiques, mais si on pouvait en atténuer les effets néfastes, ce serait déjà ça.

Au Québec comme au Canada, il existe un ministre responsable des institutions démocratiques et on ne sait jamais vraiment trop à quoi ils servent. Voilà un mandat qui pourrait leur être confié.

À l'Assemblée nationale, l'abandon de la pratique selon laquelle les parlementaires applaudissaient systématiquement de façon partisane lors de la période de questions est déjà un pas en ce sens.

Des initiatives comme celle-là, nos parlements en ont bien besoin.

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