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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça donne envie de se fâcher.

L'Accorderie de Trois-Rivières, un organisme qui a pour mission de lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale en créant une collectivité d'échange de services, est menacé de fermeture.

Le financement n'est plus là. Pourquoi ça donne envie de se fâcher? Parce qu'on ne parle pas ici d'un organisme qui a besoin de centaines de milliers de dollars pour fonctionner, mais de 40 000 $.

On ne parle pas d'une grosse boîte avec plein d'employés, mais d'un ou deux permanents, un bureau, un téléphone. On parle surtout d'un modèle innovateur, favorisant la responsabilisation des membres.

Le principe des Accorderies - il y en a treize au Québec - est simple et efficace: chaque membre met à la disposition des autres ses compétences et son savoir-faire sous la forme d'offre de services.

Ça peut être à peu près tout: donner des cours de cuisine, aider des aînés à se familiariser avec Internet ou les réseaux sociaux, enseigner la couture, les langues ou la musique, fournir des services de gardiennage, faire des petits travaux domestiques, etc.

Les offres sont recensées dans un bottin des services et chaque échange de services est comptabilisé dans une banque de temps, en respectant le principe selon lequel une heure de service rendu vaut une heure de service reçu, quels que soient le service rendu et les compétences exigées.

Il y a d'autres services aussi, comme cette brillante idée de faire des épiceries collectives pour réduire les coûts.

C'est l'économie de partage, le troc d'heures. Une sorte de bénévolat mutuel. Une richesse collective et solidaire.

Bref, on a ici un projet d'innovation sociale qui permet à des personnes de recevoir des services tout en devant assurer une participation active en fournissant un ou des services en retour.

On sort enfin du modèle selon lequel des personnes dans le besoin ne font que recevoir l'aide d'un organisme communautaire. Il y a ici un réel échange, ce qui évidemment favorise la valorisation des individus qui prennent part aux activités.

L'initiative a été mise en place au Québec grâce à un financement de départ provenant de la Fondation Chagnon. Mais l'Accorderie doit maintenant se trouver de nouvelles sources de financement.

Il y a bien eu la Conférence régionale des élus ou encore différents programmes par lesquels on finissait par obtenir le financement nécessaire pour un ou deux projets.

Mais le gouvernement a dépouillé les régions des instances locales qui pouvaient octroyer un financement, si modeste soit-il parfois, aux initiatives de l'Accorderie.

L'organisme est en train de devenir un symbole du désengagement de l'État envers les organismes sociaux et communautaires.

L'Accorderie de Trois-Rivières pourrait être la première à tomber au combat mais ce n'est qu'une question de temps avant que les autres Accorderies du réseau - sauf celle de Québec, dit-on - subissent le même sort.

La tragédie, c'est que l'Accorderie est loin d'être le seul organisme à avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Depuis deux ans, on prend conscience de la fragilité d'organismes qui sont, bien souvent, le dernier rempart contre la pauvreté et l'isolement.

À Trois-Rivières, Comsep a réussi l'année dernière à faire passer son déficit de 47 000 $ à 5000 $ en étant obligé de quêter sur le coin des rues.

Et on appréhende pour cette année un manque à gagner de 75 000 $ compte tenu des programmes et des mesures qui ont été coupées.

La menace qui pèse sur l'Accorderie aura d'ailleurs une triste conséquence sur les livres comptables de Comsep, puisque l'organisme loue un local à l'intérieur de la Maison de la solidarité, le bâtiment qui appartient à Comsep. Ce n'est pas énorme, mais c'est 4500 $ de moins par année dans les coffres de Comsep.

L'Accorderie, comme la plupart des organismes d'entraide, doit avoir accès à un financement de base récurrent, afin d'assurer sa pérennité et de maintenir les services offerts.

Un jour ou l'autre, il faudra que les gouvernements comprennent que le travail qui est fait dans ces organismes permet à l'État d'économiser des sommes considérables.

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