Ouain, pis?

Sébastien Proulx... (Archives La Presse, Ivanoh Demers)

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Sébastien Proulx

Archives La Presse, Ivanoh Demers

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ainsi donc, c'est un scandale pour un ministre de l'Éducation d'avoir des enfants qui fréquentent l'école privée?

En tout cas, c'est ce qu'on doit en conclure si on en juge par les réactions mesquines de certains péquistes et de certains représentants de Québec solidaire. Amir Khadir, Alexandre Cloutier, entre autres, n'ont pas hésité à pointer du doigt le nouveau ministre et à remettre en question le fait qu'il envoie ses enfants au privé.

C'est, selon eux, du «faites ce que je dis, pas ce que je fais». Ou «ça démontre qu'il ne croit pas au système public d'éducation». On nage en plein délire.

Sébastien Proulx a des enfants qui fréquentent une école primaire privée.

Ouain, pis?

Qu'est-ce que ça peut bien faire? Est-ce que Sébastien Proulx, lorsqu'il a été nommé ministre de l'Éducation lundi dernier, devait s'empresser de retirer Nicolas et Marie-Rose de leur école en catastrophe, sous prétexte qu'il devenait maintenant le défenseur suprême de l'école publique? Voyons donc!

Il ne faudrait pas penser que parce qu'un ministre de l'Éducation envoie ses enfants au privé, il ne sera pas en mesure de défendre, de financer et de promouvoir l'école publique. Ou que parce qu'une ministre du Patrimoine canadien dit spontanément qu'elle préfère Radio-Canada à TVA dans une sorte de jeu-questionnaire, elle ne sera pas en mesure de défendre et de promouvoir la diversité des médias, quels qu'ils soient. On a parfois le don de faire des débats avec n'importe quoi.

Sébastien Proulx a indiqué plus tôt cette semaine qu'il s'agit d'un choix personnel qui ne regarde que lui et que, quelles que soient les critiques que cette situation soulève, il n'a nullement l'intention d'envoyer ses enfants à l'école publique.

Au Québec, cette liberté de choix entre le public et le privé est offerte à tous les parents. Bien sûr il y aura toujours une question de coûts et de moyens financiers dont disposent les parents en question, mais en bout de ligne, ce choix existe et le fait d'opter pour le privé ne constitue pas un désaveu de l'école publique.

Le plus sale, dans cette histoire, c'est de se servir des enfants du ministre pour créer un faux débat.

Le seul qui semble avoir eu une réplique sensée dans cette affaire est l'ancien député de Borduas et actuel chef de cabinet de Pierre Karl Péladeau, Pierre Duchesne, qui a lancé sur Twitter un message assez direct: «Qu'on laisse les enfants tranquilles! C'est le ministre qui fait de la politique, pas ses enfants.»

Il n'aurait pas su mieux dire.

Accuser un ministre de l'Éducation d'envoyer ses enfants au privé équivaut à faire un amalgame simpliste avec le fait qu'il s'agit d'une façon de dénigrer le public. Et ça relance insidieusement le débat sur le financement des écoles privées.

Au Québec, ce sont bon an mal an entre 10 % et 12 % des élèves du primaire et du secondaire qui fréquentent le privé, un réseau financé en majeure partie par le gouvernement. Sans vouloir relancer la perpétuelle guerre de chiffres sur la hauteur de cette subvention, disons qu'elle se situe entre 60 % selon le ministère et 75 % selon le rapport d'un comité d'experts sur le financement des commissions scolaires paru en 2014.

Le grand dilemme est toujours de savoir si le gouvernement québécois doit continuer à subventionner ainsi un réseau d'éducation parallèle, alors qu'il est établi qu'un élève au privé coûte moins cher à ce même gouvernement.

Mais ça, c'est un débat qui se situe bien au-dessus des choix familiaux de Sébastien Proulx et de son épouse Guylaine.

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