La ligne dure

Justin Trudeau, premier ministre du Canada... (Photo Aaron Vincent Elkaim, archives La Presse Canadienne)

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Justin Trudeau, premier ministre du Canada

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est quand même triste de voir que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, hésite encore à permettre le vote libre sur le projet de loi fédéral sur l'aide médicale à mourir. On s'attend, avec un sujet aussi émotif que celui-là, que les chefs de parti permettent à leurs députés de voter selon leur conscience.

Les néodémocrates et les conservateurs ont indiqué qu'ils allaient permettre le vote libre. Mais les députés libéraux ont appris cette semaine par les médias qu'ils allaient devoir voter en bloc pour ce projet de loi. Le chef Justin Trudeau n'avait pas l'intention, jusqu'à vendredi, de permettre le vote libre. Une ouverture de dernière minute pourrait conduire à une volte-face et celle-ci est plus que souhaitable.

Demander à des députés de suivre une ligne de parti sur une question aussi personnelle que les soins de fin de vie, ça ne fait que renforcer les préjugés négatifs et alimenter le cynisme envers la chose politique. Il y a quelques mois à peine, quand il a présenté les membres de son conseil des ministres et qu'il était interrogé sur la raison de la parité hommes-femmes, Justin Trudeau avait répondu que c'était «parce que nous sommes en 2015».

On pourrait lui rappeler qu'un vote libre sur une question comme l'aide médicale à mourir serait approprié «parce que nous sommes en 2016».

L'avant-gardisme ou la volonté de changement du gouvernement Trudeau se module de bien des façons, mais pas toujours où on l'attendrait normalement.

La bonne nouvelle, s'il y a un vote en bloc des députés du gouvernement, c'est que la loi sera adoptée sans accrochage, puisque les libéraux sont majoritaires.

La mauvaise, c'est que son adoption pourrait alors laisser un goût amer. Contraints de suivre la ligne de parti, des députés devraient laisser de côté les convictions personnelles, les nuances ou les pressions des citoyens qu'ils représentent.

Ça n'avait pas été le cas à l'Assemblée nationale quand les députés québécois ont adopté le projet de loi sur les soins en fin de vie. Les députés ont pu voter librement, avec comme résultat qu'une vingtaine de députés libéraux, parmi lesquels on trouvait onze ministres, ont voté contre. Le projet de loi avait été adopté à 94 voix contre 22.

Les dernières heures du débat sur l'adoption de ce projet de loi ont donné lieu à des interventions très personnelles, très émotives de députés qui justifiaient leur décision de voter pour ou contre. Des députés se sont excusés auprès de leurs électeurs du choix qu'ils faisaient. D'autres ont raconté des histoires très personnelles de situations où ils ont été confrontés au choix à faire. Un autre a témoigné de la difficulté à prendre position, évoquant une dissension sur le sujet à l'intérieur même de son propre couple. La lecture du journal des débats de ce jour du 5 juin 2014 est fascinante.

On disait du projet de loi 52 qu'il était «historique» pour la société québécoise et on a fait en sorte que le vote qui mène à son adoption le soit aussi.

Sans vote libre au fédéral, on reléguerait la loi encadrant l'aide médicale à mourir au rang des affaires courantes, comme on voterait sur une loi modifiant le Code canadien du travail, une loi sur la mise en oeuvre de l'accord de libre-échange Canada-Corée ou une loi instituant la Journée nationale des produits du phoque.

Pourtant, il s'agit d'une loi hautement symbolique, qui s'inscrit dans la lignée des questions sociétales chères aux Canadiens.

Le gouvernement fédéral justifiait sa volonté de ne pas tenir de vote libre par le fait que la Cour suprême a désigné l'aide à mourir comme un droit fondamental et que les libéraux souhaitent intervenir de façon à protéger les droits garantis par la Charte. Il est toutefois ridicule de penser qu'un vote libre excluait systématiquement l'atteinte de cet objectif, surtout quand un assez large consensus se dégage déjà.

Sur un sujet aussi sensible et aussi symbolique, laissons donc les députés s'exprimer personnellement.

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