Le point de non-retour

Sans peut-être s'en rendre compte, le gouvernement fédéral... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Sans peut-être s'en rendre compte, le gouvernement fédéral vient de franchir le point de non-retour dans ce dossier. Il n'a plus le choix d'aider financièrement les victimes. Autrement, il aurait l'air fou.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'enthousiasme qui semblait se dégager de la rencontre au sommet tenue vendredi concernant le dossier de la pyrrhotite en dit peut-être plus long qu'on le croit.

Sans peut-être s'en rendre compte, le gouvernement fédéral vient de franchir le point de non-retour dans ce dossier. Il n'a plus le choix d'aider financièrement les victimes. Autrement, il aurait l'air fou.

Officiellement, les représentants de la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite et les élus provinciaux de la région se réjouissaient, vendredi, de la participation significative et constructive d'un député du gouvernement à cette imposante table ronde sur le sujet. François-Philippe Champagne ne fait que tenir parole: il a toujours dit que le dossier de la pyrrhotite était majeur pour la région et qu'il allait se faire le porteur de ballon auprès de son gouvernement. Et c'est tout à son honneur.

Mais pour les intervenants dans ce dossier, y compris les députés fédéraux de Trois-Rivières et de Berthier-Maskinongé, le fait d'avoir un interlocuteur gouvernemental constituait l'élément nouveau qui surprend un peu tout le monde. L'ouverture montrée par les libéraux fédéraux envers cet enjeu relativement local se concrétise enfin. La prochaine étape doit inévitablement être celle du carnet de chèques. Toute autre mesure moindre, ou tout autre faux-fuyant, apparaîtrait comme un échec ou comme une promesse rompue.

Le député Champagne s'est bien gardé, vendredi, d'annoncer quelque programme d'aide financière que ce soit. Ce n'est pas à lui à le faire. Quand les discussions et les analyses seront assez avancées pour faire débloquer le fédéral, on s'attend à une annonce retentissante. Après tout, les libéraux fédéraux avaient fait campagne là-dessus. Le chef Justin Trudeau était débarqué à Trois-Rivières, au début septembre, en promettant d'aider les victimes. La moindre des choses serait qu'il débarque à nouveau pour faire lui-même l'annonce d'un programme impliquant le fédéral.

La difficulté, dans l'élaboration des modalités d'un tel programme, vient du fait qu'il est encore difficile, voire impossible, d'avoir une idée précise du nombre de victimes. Mais c'est pour cette raison qu'il faut sans doute faire preuve d'une certaine créativité dans la façon de faire. Après tout, Québec a déjà plus que fait sa part en versant 30 millions $ aux victimes.

Et puis ce n'est pas la première fois qu'on mettrait de l'avant une aide financière sans avoir le portrait final, immuable et exhaustif des dommages pour lesquels on intervient. Quand il y a catastrophe naturelle ou tragédie à grande échelle, ce n'est pas long qu'on voit débarquer les représentants des gouvernements et généralement, dans les heures qui suivent, les cordons de la bourse se délient.

Le cas de la pyrrhotite n'a de différent que son aspect plus discret. Le drame est le même, bien que les images soient moins fortes. On ne voit pas de sous-sols inondés à cause de rivières qui débordent, pas de ruines calcinées à cause de wagons qui explosent en pleine ville, pas de récoltes perdues à cause d'une sécheresse. Ici, c'est les vies qui sont brisées et les comptes bancaires des victimes qui sont asséchés.

C'est vrai que c'est une situation singulière. L'aide aurait dû venir beaucoup plus tôt. Mais le précédent gouvernement fédéral s'en lavait les mains. Stephen Harper n'a jamais voulu envisager une aide aux victimes et justifiait malhonnêtement ce refus en indiquant qu'il s'agissait d'un dossier de compétence provinciale.

Les tragédies, même les plus sournoises, ne devraient pas se heurter à la notion de palier gouvernemental ou de compétence constitutionnelle.

Et elles devraient être au-dessus de la notion de parti politique.

Alors oui, il y a lieu de se réjouir que le fédéral vienne enfin s'asseoir à table. Pas tant pour le geste lui-même, mais plutôt par ce qu'il doit maintenant avoir impérativement comme conséquence.

L'attente a assez duré.

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