Des pots cassés à recoller

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, était... (AFP, Chris Roussakis)

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Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, était de passage à Ottawa jeudi, où il a rencontré le premier ministre Justin Trudeau.

AFP, Chris Roussakis

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le Canada tente de refaire sa réputation enviable sur la scène internationale. Le premier ministre Justin Trudeau a choisi de d'abord recoller certains pots cassés par le gouvernement précédent entre le Canada et les Nations unies, un organisme pour lequel le pays avait toujours été non seulement un des grands bailleurs de fonds, mais aussi et surtout un grand chouchou.

On l'oublie souvent, mais le Canada est un des principaux contributeurs au budget annuel de l'ONU. Pour 2016, le Canada versera 72,9 millions $ à l'organisme, un montant comparable à celui que verse la Russie, pourtant quatre fois plus populeuse.

Jusqu'à 2006, la contribution du Canada aux Nations unies était beaucoup plus importante que son écot annuel. Le pays a toujours eu une influence considérable dans les opérations de l'ONU, particulièrement dans celles destinées au maintien de la paix dans des zones troubles.

Il faut dire jusqu'à 2006 parce que l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper allait marquer le début d'une rupture dans les relations que le Canada entretenait avec les Nations unies et dans les gestes posés pour maintenir cette aura de nation progressiste, engagée à promouvoir la paix et la stabilité dans le monde.

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, l'ex-premier ministre Jean Chrétien avait fait une virulente sortie contre Stephen Harper et contre ses politiques qui ont eu pour effet de ternir cette réputation. Il avait rappelé que depuis la création de l'ONU, en 1945, le Canada s'était construit une réputation internationale exceptionnelle, marquée par plusieurs jalons importants à commencer par l'intervention des Casques bleus, à l'initiative de Lester B. Pearson, pour mettre fin à la crise du canal de Suez. Tous les premiers ministres par la suite auront eu cette sensibilité internationale, que l'on pense à la décision de Pierre Elliott Trudeau d'établir des relations diplomatiques avec la Chine, à la position de Brian Mulroney contre l'apartheid en Afrique du Sud, ou encore à l'initiative de Jean Chrétien concernant le traité interdisant les mines antipersonnel.

Mais avec Stephen Harper, le Canada s'est plutôt forgé une réputation de nation préférant l'interventionnisme militaire plutôt que l'aide humanitaire.

Les pays étrangers ont bien observé cette glissade idéologique, à tel point qu'ils ont servi au Canada, en 2010, une puissante rebuffade. Le siège qu'il visait au conseil de sécurité a finalement été accordé au Portugal, une gifle inattendue pour la délégation canadienne.

D'autres décisions ou d'autres positions conservatrices ont sans doute contribué à modifier la perception que les autres leaders internationaux avaient du Canada. La timidité du gouvernement Harper dans la lutte aux changements climatiques, un autre dossier cher à l'ONU et à son secrétaire général actuel, a sans doute déçu plusieurs pays engagés depuis longtemps sur cette voie.

Ajoutons à cela le peu d'intérêt - pour ne pas dire le mépris - que Stephen Harper manifestait envers l'ONU en tant qu'institution - il avait préféré se rendre à une annonce d'investissement dans un Tim Hortons de l'Ontario plutôt que d'assister à l'Assemblée générale et aux discours des chefs d'État - et cela donne une bonne idée des facteurs qui ont contribué à modifier la réputation du Canada sur la scène internationale.

Jeudi, Justin Trudeau accueillait Ban Ki-moon à Ottawa et il a clairement fait part de son intention de voir le pays se réengager pleinement aux Nations unies. Ban Ki-moon n'a pas manqué de saluer la «collaboration vigoureuse» et le «leadership compatissant» du premier ministre.

Cela marque clairement un changement de ton qui était non seulement souhaitable mais nécessaire, surtout dans la perspective où le Canada souhaite de nouveau obtenir un siège au Conseil de sécurité.

Ou simplement une place un peu plus reluisante dans la perception qu'ont les autres nations.

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