La moindre des choses

Johanne Brodeur et Pierre Lapointe, les parents de Michaël.... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste)

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Johanne Brodeur et Pierre Lapointe, les parents de Michaël.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il aura fallu une émouvante sortie médiatique des parents, l'offre d'aide d'une avocate sensible au drame que vivent ces derniers et, apparemment, des éléments nouveaux fournis par un témoin pour que la Sûreté du Québec accepte de rouvrir l'enquête concernant la mort de Michaël Lapointe, survenue en septembre dernier.

Michaël Lapointe, c'est ce jeune homme de 21 ans qui a perdu la vie lorsque le véhicule qu'il conduisait s'est retrouvé submergé dans la rivière du Milieu, en Haute-Mauricie.

La famille et les amis ont toujours déploré le manque de signalisation et de protection sur ce qui avait toutes les apparences d'un chantier abandonné sur cette route forestière, dans une courbe sournoise, juste avant le pont qui enjambe la rivière.

Jusqu'à peu de temps avant l'accident, qui ne serait dû ni à la vitesse ni à l'alcool, les abords du pont étaient boisés et protégés par un garde-fou.

Des travaux de déboisement ont été effectués, avec comme conséquences d'enlever ces protections, de créer une sorte de trou donnant sur la rivière et, surtout, de donner l'impression aux automobilistes que le bout de route est droit.

Cette semaine, la Sûreté du Québec confirmait que l'enquête dans ce dossier d'accident allait être rouverte. C'est donc dire qu'elle avait été fermée.

Pourtant, les parents de Michaël, qui avaient fourni toutes les informations pertinentes aux enquêteurs, n'avaient jamais vraiment eu de nouvelles. À la SQ, on concluait qu'il s'agissait d'un bête accident.

Se pourrait-il que le travail des policiers ait été bâclé dans ce dossier? Qu'on ait tourné les coins ronds, sans faire de mauvais jeu de mots?

Des résidents du secteur ont remarqué que l'absence de protection à la suite des travaux créait un danger évident. Comment se fait-il que les policiers qui se sont rendus sur les lieux ne l'aient pas constaté? Qu'ils n'aient pas interrogé des propriétaires de camps ou de chalets des environs?

Qu'ils n'aient pas cherché à questionner l'entrepreneur qui a fait ces travaux modifiant sérieusement le paysage et la topographie des lieux?

Comment se fait-il que ce soit des amis de Michaël qui, quelques jours après l'accident, aient installé des panneaux réfléchissants pour créer une alerte visuelle pour les automobilistes qui s'aventurent sur cette route? Comment se fait-il que ce soit des pompiers qui ont retrouvé les deux survivants qui avaient trouvé refuge dans un camp des environs?

Le plus absurde, c'est que maintenant que les policiers disent avoir reçu un témoignage qui vient rapporter «de nouveaux faits», les enquêteurs au dossier ont prévenu les parents de Michaël Lapointe que l'enquête pourrait prendre beaucoup de temps, jusqu'à trois ans ont-ils dit. Pourquoi? Parce qu'il s'agirait d'une enquête majeure et très complexe, selon les dires d'un des enquêteurs.

Pourquoi n'a-t-on pas considéré cette enquête comme étant «majeure et très complexe» dès le départ, lorsque l'événement est survenu?

Ça fait beaucoup de «pourquoi». Beaucoup de questions.

Des photos publiées dans nos pages dernièrement démontrent très bien la différence étonnante entre l'état des lieux avant et après les travaux de déboisement.

Et selon les versions du ministère des Transports et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, de tels travaux n'auraient jamais été autorisés à cet endroit. Ils n'auraient même jamais été nécessaires.

Trop d'éléments demeurent nébuleux dans cette triste affaire. C'est la moindre des choses que la Sûreté du Québec décide de rouvrir l'enquête.

Le père de la victime disait récemment que sa confiance envers les policiers avait été ébranlée quand il a appris fortuitement que le dossier était clos. On peut le comprendre.

La moindre des choses, maintenant, serait que la Sûreté du Québec fasse un travail qui a de l'allure.

Par respect pour les parents de la victime.

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