Rolland and Napoléon

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Le géant québécois de la quincaillerie RONA a été acheté par Lowe's.

Le Nouvelliste, François Gervais

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Rolland, avec Napoléon, avait construit une maison. Pendant que Dismat son ami en avait fait une lui aussi...

On se souvient de cette pub télévisée de la fin des années 80 - et de la petite mélodie qui vient avec -, qui vantait les mérites de l'acquisition de Dismat par Rona. Presque trente ans plus tard, voilà que la «maison» de Rolland et Napoléon se retrouve entre les mains d'acheteurs américains.

La transaction avait quelque chose de hautement prévisible. Déjà bien implanté dans le Canada anglophone, Lowe's n'avait encore aucune succursale au Québec.

Il était à peu près naturel de vouloir acquérir Rona, chose qu'elle pourra maintenant faire puisque les deux conseils d'administration ont approuvé la transaction. Sur le plan économique, c'est une transaction tout à fait légitime et peut-être même avantageuse pour les actionnaires et les employés. Mais c'est la fierté entrepreneuriale du Québec qui en prend un coup. Une question d'amour-propre.

Rona est un fleuron économique québécois. Un symbole. Rolland Dansereau et Napoléon Piotte avaient fondé la compagnie en 1939, bien avant qu'elle prenne le nom de Rona, un nom formé des premières syllabes des prénoms de ces messieurs.

Rona avait tout pour attiser cette fierté entrepreneuriale, à commencer par une présence dans toutes les régions, de la petite quincaillerie au mégacentre de rénovation. L'accent mis sur le service à la clientèle, l'approvisionnement auprès de nombreux fournisseurs québécois et la croissance constante de la compagnie ont aussi contribué à donner à l'entreprise cette aura de qualité et d'orgueil bien placé.

Plusieurs analystes s'entendent pour dire que l'acquisition de Rona par Lowe's est une bonne chose pour l'entreprise. Rona, dit-on, est une compagnie qui s'est essoufflée ces dernières années.

Elle n'arrive pas à dégager les marges bénéficiaires pour réinvestir, que ce soit dans la rénovation des ses propres magasins ou dans le développement de sa vitrine numérique.

Lowe's, en revanche, est très avancée sur le plan des nouvelles technologies et pourrait donner un souffle nouveau à Rona.

Faut-il se désoler de l'engloutissement de ce symbole québécois par un géant américain? Sur le plan émotif, oui, sans doute.

Mais peut-on y faire quelque chose? Non.

Du moins pas pour le moment. Il n'appartient pas au gouvernement du Québec d'empêcher une transaction strictement privée, souhaitée par les deux parties. Il ne s'agit pas ici d'une offre d'achat hostile comme cela avait été le cas en 2012.

La nouvelle ministre de l'Économie, Dominique Anglade, dit avoir obtenu des garanties notamment sur le maintien des emplois, des opérations et des bannières, sur la conservation du siège social à Boucherville et sur l'approvisionnement auprès de fournisseurs québécois.

Malheureusement, on peut difficilement affirmer qu'il s'agit de garanties à long terme. L'historique des acquisitions majeures nous démontre que si de telles intentions sont bien présentes à l'annonce de ces transactions, elles peuvent parfois s'estomper bien rapidement.

La vente de Rona doit impérativement avoir pour effet de relancer le débat sur la protection des fleurons québécois. Au cours des quatre dernières années, le sujet est revenu dans l'actualité, notamment avec la formation, à l'initiative de l'ancien ministre des Finances Nicolas Marceau, d'un comité ayant pour mission d'envisager des outils à cet effet.

Les libéraux, qui étaient plus tard allés jusqu'à évoquer le recours au Fonds des générations pour protéger les sièges sociaux, n'ont toutefois pas donné suite à la réflexion amorcée sous les péquistes.

Cette fois, ça s'impose. Quel autre fleuron attend-on de voir partir encore avant d'agir?

La valeur actuelle du dollar canadien rend certainement très attrayants d'autres joyaux du «Québec inc.» pour des acheteurs américains.

Et lorsque les transactions en ce sens se multiplient, c'est vrai que c'est l'identité québécoise, son image de marque et son rayonnement qui s'effritent.

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