Victoire amère

Il n'est pas normal que des citoyens doivent... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Il n'est pas normal que des citoyens doivent traverser des lignes de piquetage pour exercer leurs droits démocratiques.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Shawinigan vient de pousser un deuxième soupir de soulagement en moins de deux semaines.

Le projet d'implantation de l'usine Nemaska Lithium, dans l'ancienne usine Laurentide, pourra aller de l'avant puisque le nombre de citoyens s'opposant aux modifications de zonage n'a pas été suffisant pour forcer la Ville à tenir un référendum ou à renoncer au projet.

Il y a lieu de s'en réjouir, sur le plan strictement économique. L'opération d'information menée par la Ville, et particulièrement par la conseillère Nancy Déziel la semaine dernière, a pu répondre à certaines questions et a sans doute contribué à aplanir certaines inquiétudes.

Mais cet épisode vient s'ajouter à celui du projet récréotouristique à saveur équestre qui doit voir le jour dans le secteur Saint-Jean-des-Piles. Là aussi on a craint que le syndrome du «pas dans ma cour» fasse échouer le projet.

Et avec le débat houleux suscité par l'opposition de certains citoyens au projet de Nemaska, particulièrement au cours des deux dernières semaines, on peut se demander si le développement économique d'une ville n'est pas condamné à toujours se heurter aux protestations - parfois légitimes - de citoyens qui craignent pour la sécurité, l'environnement, le bruit ou, plus tristement, pour leur petit bien-être personnel.

Qu'on soit d'accord ou non, il faut bien reconnaître que des mécanismes démocratiques existent pour que les citoyens s'expriment quand une Ville décide de mettre la table à un projet, qu'il soit industriel, commercial, récréotouristique, culturel ou social.

Mais dans le dossier de Nemaska Lithium, il y a eu tout un dérapage dans ce processus par lequel les citoyens peuvent s'exprimer. Et la Ville de Shawinigan n'est nullement à blâmer pour cette dérive.

Il est tout de même fascinant de constater ce que peuvent causer, comme dégâts, un manque de communication ou une interprétation biaisée des informations disponibles.

Sans généraliser, des citoyens de Shawinigan favorables au projet ont peut-être sans le savoir causé plus de tort à l'image de la ville que ceux et celles qui ont osé faire part publiquement de leurs craintes.

En fin de semaine, sur Facebook, un citoyen du secteur Grand-Mère a jugé pertinent et intelligent de publier sur sa page la photo de Bernard Soucy et Hélène Bellemare, deux citoyens directement touchés par le changement de vocation des installations de l'ancienne usine Laurentide et par l'implantation de Nemaska Lithium.

Accompagnant cette photo tirée du Nouvelliste, on peut lire une note de l'internaute en question: «Voici les deux responsables des opposants de l'usine de Grand-Mère. Si vous les voyez en ville dites-leur votre manière de penser!».

Et soudainement, la publication Facebook de ce citoyen se transforme en véritable potence sur laquelle on crucifie les deux citoyens. Et c'est à un véritable déversement de fiel qu'on assiste. Les gros mots se succèdent, autant que les fautes d'orthographe d'ailleurs.

On les traite tour à tour de «cons», de «beaux morons», d'«ostie de retraités», d'«ostie de baby-boomers», d'«être deux ostie de faces à problèmes» qui «n'en ont rien à foutre de l'économie parce qu'ils ont déjà leur pension».

On invitait même les gens en faveur du projet à «trouver les chars et à péter les pneus» de ces deux personnes, maintenant «les plus détestées de Shawinigan».

Pire, on leur dit d'«aller vivre dans le bois», d'«aller prendre leur retraite ailleurs» ou de carrément «aller dans un hospice». Un intervenant propose même «de les achever tout de suite». Ça va beaucoup trop loin.

Pas étonnant que les deux personnes en question, dont l'intervention était légitime et respectait le processus démocratique, se soient senties intimidées quand elles se sont rendues signer le registre lundi, alors qu'un comité d'accueil formé de travailleurs au chômage et de citoyens en faveur du projet de Nemaska les attendait devant l'hôtel de ville.

Il n'est pas normal que des citoyens doivent traverser des lignes de piquetage pour exercer leurs droits démocratiques.

Comme il n'est pas normal de traiter de morons et de menacer de mort des personnes ayant une opinion différente.

La victoire, s'il en est une, devient soudainement très amère.

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