Entre le train et le pipeline

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La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, s'est transformée en «mère de la Confédération», au cours des derniers jours, en blâmant le maire de Montréal et par conséquent une vaste majorité de Québécois, pour leur attitude réfractaire quant à la construction de l'oléoduc Énergie Est de TransCanada.

La Presse Canadienne

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le Canada a vu le jour grâce au train. Et un siècle et demi plus tard, c'est un pipeline qui semble le diviser plus que jamais.

C'est la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, qui s'est transformée en «mère de la Confédération», au cours des derniers jours, en blâmant le maire de Montréal et par conséquent une vaste majorité de Québécois, pour leur attitude réfractaire quant à la construction de l'oléoduc Énergie Est de TransCanada.

Madame Ambrose - une ex-ministre de l'Environnement doit-on ironiquement le rappeler - reproche à Denis Coderre et aux maires des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal de «nuire à l'unité du pays».

Les maires de la grande région de Montréal, rappelons-le, estimaient il y a quelques jours que le projet de TransCanada n'était pas viable sur les plans économique, social, environnemental ou en ce qui a trait à la sécurité publique.

La députée albertaine s'étonne de la réaction des maires de la grande région de Montréal qui jugent que TransCanada Energy n'a pas fait la démonstration que le tracé était approprié, nécessaire et sécuritaire.

Pour Madame Ambrose, une telle réaction n'est pas «dans l'esprit de la Confédération», ni dans celui de «l'unité nationale». Ni même dans «l'esprit des Canadiens, qui offrent toujours leur aide quand les gens sont en difficulté».

Le déchirant cri du coeur de Madame Ambrose risque de faire rire bien plus que de tirer des larmes de compassion. Bien sûr l'industrie pétrolière de l'Alberta et de la Saskatchewan a besoin de l'oléoduc pour acheminer le pétrole vers les ports maritimes.

Mais il ne faut quand même pas blâmer des élus et des citoyens qui craignent raisonnablement pour leur sécurité et pour la protection de leur environnement et qui estiment aussi que la balance penche bien davantage du côté des inconvénients plutôt que de celui des avantages.

Au cours des dernières années, TransCanada a mis beaucoup d'efforts à convaincre, à sensibiliser, à répondre à des questions. Mais la construction d'un oléoduc au Québec n'a jamais rallié une majorité favorable. Partout il se trouvait des groupes de citoyens perplexes, des maires inquiets, des écolos au bord de la crise d'apoplexie. Le critère de l'acceptabilité sociale n'est visiblement pas coché pour ce projet.

L'expression récente de la voix des maires de la Communauté métropolitaine de Montréal est significative. C'est une voix forte.

La Communauté métropolitaine de Montréal, c'est 3,9 millions d'habitants. La population de l'Alberta est de 4,1 millions $. Un point de vue vaut bien l'autre.

Et il faudra assurément que Madame Ambrose nous explique ce qu'elle entend par «unité nationale». Oui le Québec a toujours été un bénéficiaire de la péréquation. Oui les temps sont durs pour l'économie des provinces qui n'y ont jamais eu droit - ou presque - parce que trop riches.

Mais il est effronté de reprocher un manque de compassion quelconque des Québécois quand il s'agit en fait, pour ces derniers, d'une réflexion beaucoup plus profonde sur l'avenir économique, social et environnemental de leur propre milieu de vie.

Il y a quand même une certaine ironie dans le fait de devoir ainsi défendre le phénomène du «pas dans ma cour» à l'heure où dans d'autres situations, à une autre échelle et dans un contexte différent, on le pourfend sans ménagement.

Cela tient probablement au fait que malgré tous les efforts que TransCanada Energy a pu mettre pour vendre son projet d'oléoduc, les résultats n'étaient pas à la hauteur. Le maire de Québec a évoqué l'incompétence des dirigeants de la compagnie.

Mais le fait que le message ne passe pas va beaucoup plus loin que la simple incapacité des représentants de TransCanada à bien faire passer leur message. Les citoyens ont maintenant l'épiderme beaucoup plus sensible.

Et Madame Ambrose n'a rien fait pour calmer les esprits avec sa déclaration d'une rare bassesse politique.

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