Des explications attendues

Pierre Karl Péladeau... (Archives La Presse)

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Pierre Karl Péladeau

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un jour ou l'autre, il faudra bien que le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, réalise qu'il fait maintenant de la politique. Et que lorsqu'on fait de la politique, il arrive que des articles de journaux ou des reportages à la télé sortent et que ça ne fasse pas notre affaire.

Plutôt que de constamment menacer de poursuites les journaux ou les réseaux qui osent enquêter sur les affaires de Québecor à l'époque où il en était président-directeur général, et plutôt que de réagir impulsivement sur les réseaux sociaux, le chef péquiste devrait s'exprimer clairement, tant auprès des médias que devant l'Assemblée nationale.

Les récentes révélations de La Presse et de Radio-Canada sur la présence de compagnies affiliées à Québecor World dans des paradis fiscaux comme la Suisse, le Luxembourg, l'Islande, les Îles Caïmans, la Barbade, Hong Kong, Singapour, le Panama et les Îles Vierges britanniques ne révèlent rien d'illégal. Les structures corporatives destinées à faire de l'optimisation fiscale de nature exotique sont courantes, bien qu'elles soient discutables sur le plan éthique.

Le discours que tient Pierre Karl Péladeau en lien avec cette histoire de paradis fiscaux sent la banalisation à plein nez. Le chef péquiste assure qu'il ne pouvait pas empêcher l'évitement fiscal chez Québecor World et qu'il serait «déçu» si certaines filiales créées dans des paradis fiscaux par des compagnies acquises par Québecor ont été utilisées.

Il est fort possible, comme il le prétend, que M. Péladeau ait donné instruction, quand il est devenu pdg de Québecor, de ne pas créer des sociétés dans des pays où les régimes fiscaux sont avantageux. Et il reconnaît aussi que Québecor World, qui a cessé ses activités en 2008, a utilisé une planification fiscale exotique, qu'il était au courant de la pratique, mais qu'il n'avait alors pas le pouvoir, en tant qu'administrateur, de la faire changer.

Fort bien.

Mais même s'il dit ne pas avoir de contrôle sur ce qui a pu être mis en place avant son arrivée à la tête de la multinationale ou par des sociétés acquises par Québecor, Pierre Karl Péladeau devait bien se douter, quand il a voulu devenir chef du Parti québécois, que son passé allait être fouillé et qu'on allait inévitablement jeter un coup d'oeil sur les activités de Québecor.

Il faudra sans doute attendre le reportage de l'émission Enquête, jeudi, pour avoir un portrait plus complet de la planification fiscale de Québecor et ses filiales. Mais d'ici là, avec la pression médiatique qui s'intensifie, le chef du Parti québécois devrait mettre de côté les réponses arrogantes ou vindicatives et répondre comme un homme politique devrait normalement répondre.

En 2014, presque un an après son élection comme chef du Parti libéral, Philippe Couillard avait dû s'expliquer sur le fait qu'entre 1992 et 2000, alors qu'il n'était pas résident du Canada et qu'il travaillait en Arabie Saoudite, il détenait un compte dans une succursale de la Banque Royale à l'île de Jersey, un autre paradis fiscal bien connu. Lui non plus n'avait pas aimé le reportage de Radio-Canada. Lui non plus n'était pas content. Mais il n'avait poursuivi personne et il s'était expliqué, faisant la démonstration que le procédé était légitime compte tenu des circonstances. Bien des analystes avaient conclu que la probité du chef libéral ne pouvait être remise en cause à ce sujet.

Dans le cas de Pierre Karl Péladeau, il se pourrait bien qu'on démontre que les stratagèmes de Québecor sont parfaitement légaux. Mais ici, on parle de comptes corporatifs de sociétés apparentées à un des fleurons du monde des affaires québécois. Ça, c'est un peu plus gênant quand on aspire à diriger le Québec et à le conduire vers la souveraineté.

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