Des funérailles nationales?

René Angélil et Céline Dion... (Archives, La Presse Canadienne)

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René Angélil et Céline Dion

Archives, La Presse Canadienne

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

Le Québec a perdu un grand homme la semaine dernière. Ça ne fait pas de doute. Mais grand comment? Assez grand pour avoir droit à des funérailles nationales? Non.

La question est des plus délicates. Peut-être parce que le décès est encore tout récent et que le déluge d'hommages est encore en cours. Peut-être aussi parce qu'on peut difficilement dissocier René Angélil de Céline Dion, dont le rayonnement dépasse largement et depuis longtemps les frontières du Québec.

René Angélil a joué un rôle déterminant dans la carrière de Céline Dion. Mais peut-on aussi directement en déduire qu'il a joué un rôle déterminant dans l'histoire du Québec? Qu'on s'entende bien: l'homme a eu une carrière formidable. Son succès est digne d'admiration. Il a toujours été un fier ambassadeur du Québec, notamment en exigeant que des Québécois travaillent avec son illustre épouse ou qu'ils participent à la conception ou à la réalisation d'éléments scéniques. Il est de ceux qui ont permis au talent québécois - et pas seulement celui de Céline - d'être reconnu à l'étranger.

Également, l'homme et son épouse ont toujours gardé un attachement pour le Québec, notamment en s'associant et en contribuant à des causes, à des organismes ou à des institutions.

Le gouvernement du Québec a offert la possibilité à la famille de René Angélil de tenir des funérailles nationales. Il s'agit là d'une des formes de funérailles officielles chapeautées par l'État québécois. On ne doit pas confondre les funérailles nationales, réservées à des personnalités qui ont marqué la vie politique, culturelle ou sociale du Québec, et les funérailles d'État, réservées à un premier ministre en fonction, un ex-premier ministre ou, exceptionnellement, un ministre ou ex-ministre.

La décision de tenir des funérailles nationales est donc subjective et peut aussi s'apparenter, parfois, à de la récupération politique. Mais puisqu'il est question de subjectivité, sur quels critères doit-on se baser pour déterminer de quelle façon la personnalité à laquelle on souhaite rendre hommage a marqué la vie politique, culturelle ou sociale du Québec? En principe, ce devrait être réservé à des personnes qui ont consacré leur vie à leur communauté et au mieux-être de celle-ci. Ou qui ont ont accompli des actions humanitaires exceptionnelles. Ou qui ont fait rayonner leur art ou leur discipline à l'échelle internationale.

Est-ce que le fait d'être impresario constitue une contribution exceptionnelle au rayonnement de la culture québécoise à l'étranger? On peut en douter. Essentiellement, le travail d'un imprésario est privé. Il s'agit avant tout d'une relation d'affaires entre un artiste et un gérant. Son rôle était d'abord de faire réussir une personne. Pas une nation.

Est-ce que René Angélil mérite davantage des funérailles nationales que les six Québécois qui ont été tués lors de l'attentat à Ouagadougou?

L'histoire nous apprend que les six personnes en question étaient des travailleurs humanitaires respectés, partis au Burkina Faso en décembre dernier. Ils s'étaient investis à fond dans ce projet, dans un esprit d'entraide et de don de soi hors du commun, semble-t-il. Leur projet consistait en la réparation, l'entretien et la construction de bâtiments scolaires, l'assistance et l'animation d'enfants dans les écoles et les orphelinats, l'approvisionnement d'un orphelinat en lait maternisé et l'aide financière à la scolarisation et à l'achat de matériel scolaire dans différents villages.

Ces six personnes, dont le travail humanitaire suscitait le respect et l'admiration de plusieurs, ont donné leur vie pour venir en aide à des communautés dans un pays comme le Burkina Faso. Assurément, elles ont accompli des actions humanitaires exceptionnelles et à leur façon, elles ont contribué au rayonnement du Québec à l'étranger. Mais ce sont des travailleurs de l'ombre.

Exactement comme devrait être un imprésario.

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