Entre le champ droit et l'asile politique

Javier Herrera avait fait une demande d'asile politique... (François Gervais)

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Javier Herrera avait fait une demande d'asile politique au Canada en octobre, lui qui craignait pour la sécurité de ses proches dans leur pays d'origine du Venezuela.

François Gervais

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On a tous eu un petit pincement au coeur, jeudi, quand la nouvelle est tombée. La Commission de l'immigration et du statut de réfugié a rejeté la demande d'asile présentée par Javier Herrera et sa famille. La population de Trois-Rivières et de la région a été touchée par la démarche de ce joueur des Aigles qui souhaitait fuir le Venezuela avec sa femme et leurs deux enfants. Mais quelque touchante que puisse être la situation de Javier Herrera, il ne faut malheureusement pas trop être surpris par la décision.

Au Canada, ce n'est pas une mince affaire que de demander le statut de réfugié. Encore moins de l'obtenir.

Il faut dans un premier temps éviter de tomber dans le piège d'apparenter le cas de Javier Herrera à celui des milliers de Syriens qui obtiennent ou obtiendront, dans un contexte totalement différent, le statut de réfugié au Canada. Il faut le dire parce que des commentaires qui circulent déjà sur les réseaux sociaux mentionnent que «ç'aurait été plus simple si Herrera était un Syrien» ou «ils ne le laissent pas rentrer parce qu'il n'est pas un Syrien musulman». Ce sont là, malheureusement, des raccourcis qui ne tiennent pas la route.

La démarche de Javier Herrera est personnelle. Elle ne s'inscrit pas dans un programme national d'accueil de réfugiés à grande échelle, chapeauté par les Nations Unies. Le baseballeur craint pour la sécurité de sa famille s'il retourne au Venezuela. Il veut faire sa vie ici.

Faire la démonstration que lui et les siens font face à un réel danger s'ils retournent au Venezuela n'est pas une chose simple. Oui il peut y avoir des gestes ou des menaces qui ont été posés par ce qui semble être une organisation criminelle. Mais les seules preuves présentées pour appuyer le dossier de la famille Herrera demeurent les témoignages de Javier et de son épouse Ludzmy. C'est plutôt mince.

En plus, on parle ici d'une famille qui vient du Venezuela. Et même si l'argument principal de la famille Herrera demeure celui selon lequel les joueurs de baseball professionnels qui évoluent en Amérique du Nord deviennent des cibles pour des criminels organisés qui les considèrent comme étant des riches, on ne peut pas dire que le Venezuela est un pays où le climat social ou politique constitue a priori un facteur favorable à un demandeur d'asile. Ce n'est pas l'Afghanistan, le Nigéria ou la Somalie.

Il n'est donc pas facile pour Herrera de faire la démonstration d'une menace extraordinaire. Son cas devient alors plus personnel que générique. Et pour ça, il faut non seulement une preuve solide, mais aussi des conseils adéquats.

Elle est peut-être là l'erreur de Javier Herrera et de l'organisation des Aigles: avoir cru qu'il n'était pas absolument nécessaire d'être représenté par un avocat devant la Commission. Maintenant que la décision est tombée, on pense aller en appel. Et cette fois on évoque la possibilité de mandater un avocat. C'est ce qu'il aurait fallu faire dès le départ.

On peut être sensible à la cause de la famille Herrera. On a tous été charmés par la sincérité de ce solide gaillard, par sa volonté de s'impliquer dans sa communauté d'accueil ou par le sourire du petit Jaycob et de sa grande soeur Katie. Mais ce ne sont pas des critères qui justifient l'octroi du statut de réfugié. Ouvrir une porte à la famille Herrera, en faisant fi des dispositions de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés et des balises jurisprudentielles de la Commission, aurait constitué un dangereux précédent où n'importe quelle menace personnelle ou à peu près pourrait justifier une admission au Canada.

La décision n'était donc pas étonnante. Décevante, oui, mais pas étonnante. Et c'est pour ça qu'on peut se croiser les doigts pour qu'elle soit renversée en appel, même si les tribunaux d'appel sont toujours réticents à accepter de la nouvelle preuve.

Et si ça ne marche pas en appel, espérons que les Herrera et l'organisation des Aigles sauront prendre un autre chemin pour que se concrétise le rêve de cette famille. L'asile politique est loin d'être la seule façon d'immigrer au Canada.

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