Rue des Farfelus

Il y aura, dans le développement du District... (François Gervais)

Agrandir

Il y aura, dans le développement du District 55, des rues aux noms pour le moins étonnants. On a notamment officialisé les odonymes suivants: rue de l'Ambition, rue de la Bravoure, rue des Charmants, rue de la Création et rue de la Diversité.

François Gervais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Mais qu'est-ce qui se passe avec la toponymie à Trois-Rivières? La Ville nous avait habitués, jusqu'à récemment, à des gestes cohérents, audacieux, honorifiques, symboliques.

Le travail qui avait été effectué en 2004 lors de l'impressionnante opération d'harmonisation des noms de rues avait été exemplaire. Mais le modèle qu'avait réussi à créer Trois-Rivières est en train de s'effondrer. Pourquoi? Probablement parce qu'il n'y a plus de comité de toponymie à la Ville.

Sans qu'on en entende trop parler, Trois-Rivières a décidé d'abolir son comité de toponymie il y a un peu plus d'un an. Auparavant, ce comité était formé d'élus, mais aussi de citoyens, parmi lesquels on retrouvait souvent un ou deux passionnés d'histoire.

Un nouveau processus a plutôt été mis en place. Les suggestions sont maintenant acheminées à un fonctionnaire du service de l'Aménagement et du Développement du territoire, après quoi on les refile à une historienne qui travaille pour la Corporation de développement culturel et qui peut remplir des mandats de recherche pour la Ville.

Une fois les recherches effectuées, s'il y a lieu, le dossier est retourné à l'Aménagement du territoire, qui s'occupe de formuler une recommandation au cabinet du maire. Pas au conseil municipal. Au cabinet du maire.

Généralement, les toponymes sont validés et officialisés par la Commission de toponymie du Québec.

C'est d'ailleurs en consultant la liste des toponymes approuvés le 28 novembre dernier qu'on apprenait qu'il y aura, dans le développement du District 55, des rues aux noms pour le moins étonnants. On a notamment officialisé les odonymes suivants: rue de l'Ambition, rue de la Bravoure, rue des Charmants, rue de la Création et rue de la Diversité. 

On trouve à Trois-Rivières des systèmes odonymiques intéressants: les capitales dans le quartier situé entre les secteurs Cap-de-la-Madeleine et Saint-Louis-de-France, les fleurs dans le secteur Sainte-Marthe, les toponymes français dans le secteur de la Terrasse-Duvernay, les arbres dans Normanville, les métiers dans le secteur Saint-Odilon, les oiseaux dans le quartier de la Place Dubois, pour ne nommer que ceux-là.

Cette fois, on met en place un nouveau système odonymique relié aux bonnes attitudes de vie. L'idée est peut-être intéressante, mais le résultat est décevant. 

Ce n'est pas le premier faux pas de la Ville en matière toponymique. Trois-Rivières n'a toujours pas rendu hommage à son plus célèbre poète, Gérald Godin, autrement que par un petit coin de rue qui ne vit que pendant le Festival de la poésie. La Ville n'a toujours rien fait pour honorer la mémoire de Jean-Paul II, qui est pourtant venu en 1984. Ni celle du général De Gaulle, qui s'est arrêté à Trois-Rivières en 1967.

Une autre erreur est de vouloir rendre hommage à quelqu'un en nommant un parc industriel à son nom. C'est ce qu'on a fait pour Gilles Beaudoin. Pourtant, la grande majorité de ses prédécesseurs à la mairie trifluvienne, de Pierre-Benjamin Dumoulin à René Matteau, en passant par les Normand, Bureau, Tourigny, J. A. Tessier, Atchez Pitt et autres, ont tous droit à une rue. Un parc industriel, ça se nomme très rarement. Entend-on souvent dire qu'une entreprise s'installe dans le parc industriel Gilles-Beaudoin? Ou dans le parc industriel Thomas-Bellemare?

Et il y a tant de personnages dont on pourrait honorer la mémoire en donnant leur nom à une voie de communication. Trois-Rivières n'a pas de rue Henri-Bourassa, ni de rue Curé-Labelle, ni de rue Thérèse-Casgrain. On pourrait aussi envisager de donner des noms d'écrivains. Trois-Rivières a déjà une rue De Musset, une rue Jean-Racine, une rue Mauriac, mais on pourrait bonifier la liste en ajoutant par exemple une rue Victor-Hugo, une rue Gabrielle-Roy, une rue de Molière ou de Baudelaire.

On a des rues Georges-Carrère et Mariette-Duval, mais pas encore de rue Pauline-Julien ou Mgr-Claude-Thompson... Et pourquoi n'aurait-on pas une rue du Quatre-Juillet pour souligner la date de fondation de la ville?

Les possibilités sont nombreuses avant d'en arriver aux horribles trouvailles que sont les rues de l'Ambition ou des Charmants.

La Ville doit sérieusement songer à remettre en place un comité de toponymie formé de gens passionnés et compétents. Ça ne coûte pas un sou. Et ça évite souvent de tristes dérapages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer