Ça aurait pu être elle

Pourquoi cela a-t-il frappé cette famille-là? Cette petite...

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Pourquoi cela a-t-il frappé cette famille-là? Cette petite fille-là? Si Cédrika avait regardé la télé ce fameux soir de juillet au lieu d'aller se promener à vélo, quel autre enfant du quartier, ou peut-être d'un autre quartier de la ville, aurait été victime de l'immonde individu qui lui a fait mal, qui a volé sa vie, qui a détruit celle de ses proches, qui a semé la peur dans toutes les familles qui ont de jeunes enfants?

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) J'ai une fille. Aujourd'hui jeune adulte. Une fille qui a toujours adoré les animaux en général et les chiens en particulier. Une fille qui faisait elle aussi du vélo dans notre quartier, pas loin de la maison.

Quand elle était petite, on lui a répété de se méfier des inconnus. De ne pas leur adresser la parole, de ne pas monter dans leur voiture, de ne pas accepter de bonbons, de ne pas se mettre à la recherche de leur petit chien perdu. Si elle avait croisé la route du meurtrier de Cédrika Provencher, Geneviève aurait-elle réagi autrement? Peut-être que oui, peut-être que non. Qui sait?

Parce qu'un enfant, c'est un enfant. Même intelligent. Même mis en garde. Un enfant, ça reste habité d'une certaine candeur. Ça ne voit pas d'emblée le danger. Ça ne peut pas s'imaginer finalement qu'un gentil monsieur qui cherche son p'tit pitou peut être un salaud. Depuis huit ans, c'est là l'hypothèse la plus plausible. En voulant rendre service, Cédrika a signé son arrêt de mort.

 Je ne peux pas m'empêcher de penser que les parents de Cédrika ont fait exactement la même chose que nous avec leurs enfants. Ils leur ont donné des conseils de prudence. Je suis certaine qu'à chaque fois que Cédrika partait en vélo, même pas loin de la maison, sa mère lui lançait un «Fais attention à toi!» Mais en disant cela, comme parents, on pense surtout aux accidents. On ne s'imagine pas qu'aller dehors après souper un beau soir d'été où il fait clair, où il y a plein de monde autour, ça peut être dangereux. Que notre enfant court le risque d'être happée par un prédateur, un malade, un assassin. 

 On sait bien que ces choses-là arrivent. On ne vit pas dans une bulle, quand même! On a entendu parler de cas semblables dans les journaux au fil du temps. Oui, on sait que ça se peut, mais c'est tellement improbable. Nos enfants sont bien plus à risque de mourir dans un accident ou d'une maladie. Pas victimes de meurtre. Et puis ces choses-là n'arrivent qu'ailleurs, que dans les grandes villes impersonnelles, dans des familles qu'on ne connaît pas, se dit-on intérieurement. Bref, ça n'arrive qu'aux autres. Pas à nous. Surtout pas dans un quartier résidentiel paisible de Trois-Rivières.

 Pourquoi cela a-t-il frappé cette famille-là? Cette petite fille-là? Si Cédrika avait regardé la télé ce fameux soir de juillet au lieu d'aller se promener à vélo, quel autre enfant du quartier, ou peut-être d'un autre quartier de la ville, aurait été victime de l'immonde individu qui lui a fait mal, qui a volé sa vie, qui a détruit celle de ses proches, qui a semé la peur dans toutes les familles qui ont de jeunes enfants? 

 Je me suis demandée au fil des années, comment ses parents pouvaient bien parvenir à gérer ce vide épouvantable, cette angoisse qui ne les a pas lâchés et qui va continuer de les hanter jusqu'à la fin de leurs jours. Même maintenant qu'on vient de retrouver ses ossements. 

 Comment on agit avec nos autres enfants après l'assassinat de notre petite fille? On les couve à outrance? On ne veut pas qu'ils s'éloignent deux secondes? On est toujours rongés par l'inquiétude dès qu'ils partent à pied pour l'école? Comment on fait pour continuer d'avancer, de s'accrocher, de sursauter chaque fois que le téléphone sonne? Comment on fait, le soir, pour s'endormir avec des images de notre petite fille se débattant aux mains d'un déviant sexuel ou d'un fou? 

C'est arrivé à Cédrika. Le malheur a frappé cette famille-là au fer rouge. Au hasard. Ça aurait pu être ma fille ou votre fille. On y a tous pensé un moment ou l'autre depuis huit ans. Particulièrement ces derniers jours. Et ça donne la chair de poule.

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