Le procès des psychiatres

Guy Turcotte... (La Presse)

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Guy Turcotte

La Presse

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Faire face à une rupture amoureuse, être anxieux et déprimé est-il suffisant pour vous faire perdre temporairement la carte au point d'assassiner sauvagement de 46 coups de couteau vos deux enfants? Le jury au procès de Guy Turcotte a finalement estimé que non après avoir dû décider entre des témoignages contradictoires de psychiatres. Quel défi pour eux, quand même, qui ne sont pas médecins!

Parce que notre système de justice est ainsi fait: en matière de procès criminel, la couronne et la défense peuvent retenir chacun les services d'un «expert» qui vient, comme par hasard, soutenir exactement leur argumentation. Comme c'est commode! On se retrouve de plus en plus, depuis quelques années, à débattre de la culpabilité d'un accusé par psychiatres interposés, évidemment rémunérés pour leurs services par la partie qui fait appel à eux. Un rituel scandaleux que les deux procès Turcotte auront mis plus que jamais en lumière. Un rituel qui a déconsidéré lourdement la profesion.

Ce n'est pas pour rien que le Collège des médecins a enfin décidé de réagir après avoir traîné de la patte bien longtemps. Il a promis d'appliquer les recommandations d'un groupe de travail mis sur pied en collaboration avec le Barreau. Différentes actions pour mieux encadrer à l'avenir la médecine d'expertise et en faire un acteur plus crédible sont prévues. On jugera l'arbre à ses fruits.

N'empêche qu'il y a 13 ans, le juge Marcel Proulx avait fait campagne pour exiger une réforme des témoins experts, voyant vers quelle dérive nous menait cette pratique qui fait de la psychiatrie une excuse plutôt qu'une science. Ça n'a pas eu de suite.

Il y a deux ans, dans le cadre du procès de Kim Cloutier, à Shawinigan, le juge Raymond W. Pronovost n'y était pas allé lui non plus avec le dos de la cuiller. La psychiatre Marie-Frédérique Allard tentait alors de justifier le meurtre commis par madame Cloutier en disant que cette dernière n'était pas totalement responsable de ses actes parce qu'au moment de commettre le geste, elle était dans un «état dissociatif», une thèse que le juge avait rejetée du revers de la main et qui l'avait amené à faire des commentaires, assez cinglants merci, sur la profession:

«La pyschiatrie n'est peut-être pas une science exacte, mais de là à trouver des psychiatres à chacun des procès criminels appuyant deux thèses presque totalement contradictoires sur les points essentiels, cela donne à réflexion sur le professionnalimse de ceux-ci... Il est à se demander, et le tribunal espère se tromper, si les psychiatres n'agissent pas comme des mercenaires.»

On se rappelera aussi dans les annales judiciaires régionales du cas de Irina Mysliakovskaia qui, ivre au volant, avait causé la mort de la jeune Katrine Beaulieu. Le «virage hypomaniaque» invoqué par la psychiatre témoin de la défense avait là aussi été complètement battu en brèche.

Dans le cas Turcotte, il ne suffisait pas de décider qui avait tué Olivier et Anne-Sophie. Leur père avait admis avoir causé leur mort. Restait à décider du verdict: l'avait-t-il fait intentionnellement ou souffrait-il ce soir-là d'une maladie mentale telle qu'il n'avait absolument pas conscience de ses actes? Dans le premier procès, le jury d'alors avait plutôt cru la défense et prononcé un verdict de non-responsabilité criminelle. Dimanche, au second procès, avec de nouveaux jurés, la décision a été tout autre. La crédibilité des témoins de la couronne l'a emporté.

Tout le monde s'entendra pour admettre qu'un crime peut être commis par un grand malade mental. On a déjà vu des cas de schizophrènes cédant à une pulsion meurtrière. Rappelons-nous de Alain Piché et de Normand Grand-Maison. Des cas extrêmes de personnes aux antécédants clairement identifiés de problèmes mentaux sévères et pour lesquels ne subsite aucune ambiguïté. Mais le trouble mental ne saurait être une excuse pour tout un chacun qui perd les pédales, fait montre d'irresponsabilité ou qui a décidé de se venger.

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