L'absurdité américaine

Quatorze personnes ont été tuées et 21 autres... (PHOTO JONATHAN ALCORN, REUTERS)

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Quatorze personnes ont été tuées et 21 autres blessées mercredi dans une fusillade à San Bernardino, en Californie.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est devenu surréaliste. Une fois de plus mercredi soir, les États-Unis au grand complet se sont émus devant la tragédie qui a coûté la vie à quatorze personnes et qui en a blessé 21 autres à San Bernardino.

Comme après chaque tuerie - parce que c'est devenu une activité presque quotidienne chez nos voisins du sud - la classe politique déplore le drame, la population pleure les victimes. Certains leaders appellent à un meilleur contrôle des armes à feu. Le refrain est toujours le même. Souvent bien senti, mais sans véritables suites. 

Mercredi soir, comme il le fait après chacune des tueries impliquant des armes automatiques ou semi-automatiques, le président Obama a exprimé son indignation avec beaucoup d'émotion. Une fois de plus il en a appelé à une réforme du contrôle des armes à feu aux États-Unis pour faire en sorte, dit-il, que les tueries deviennent des événements rares plutôt que normaux. Une fois de plus, il a fait le constat que le «modèle» des tueries de masse tel qu'on l'observe aux États-Unis n'a pas d'équivalent ailleurs dans le monde. 

Mais la sincérité du président n'a d'égale que son incapacité à véritablement modifier les dispositions législatives entourant le contrôle des armes à feu.

L'opinion publique se montre de plus en plus favorable à un encadrement plus serré, surtout depuis la tuerie de Sandy Hook, au Connecticut, qui avait fait 28 morts dont 20 enfants il y a presque trois ans. Mais le débat politique reste coincé dans des considérations constitutionnelles, avec le sacro-saint Deuxième amendement qui garantit le droit de porter une arme, et demeure étouffé par le puissant lobby en faveur des armes à feu.

Et quelle que soit la volonté du président d'agir réellement, il se heurte surtout à un cul-de-sac politique puisque les deux chambres du Congrès - le Sénat et la Chambre des représentants - sont à majorité républicaine. Les républicains ne sont certainement pas les plus farouches opposants aux armes à feu. S'il s'en trouve quelques rares parmi eux, ils ne voudraient surtout pas vexer le lobby pro-armes à feu.

C'est cette tiédeur des Américains face à l'idée d'imposer de meilleures mesures de contrôle qui semble complètement absurde. 

Parce que les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les États-Unis vivent avec un taux d'homicides par arme à feu quinze fois supérieur à celui de l'Allemagne. Quatre-vingt huit Américains, en moyenne, meurent chaque jour dans un incident impliquant des armes à feu. Et en date du 27 novembre, on recensait 351 fusillades de masse aux États-Unis, sur les 48 344 incidents avec des armes à feu qui ont fait plus de 12 200 morts. Et l'année n'est pas finie.

D'après des projections du Center for American Progress, un jeune Américain de moins de 25 ans a maintenant plus de risques de mourir par balle que dans un accident de la circulation. C'est loin d'être banal.

Pourtant, rien ne bouge.

Heureusement que de ce côté-ci de la frontière, la question de l'accès aux armes à feu est suffisamment préoccupante pour qu'on décide de remettre en place un registre. Le projet de loi en ce sens déposé hier à Québec vise à pallier l'abolition du registre national, une autre triste décision du gouvernement Harper.

Bien sûr il se trouvera quelques récalcitrants pour contester cette décision de Québec et qui diront que le problème, ce n'est pas les armes à feu en tant que telles mais plutôt les personnes qui les utilisent.

Ça aussi c'est un autre bel exemple d'absurdité.

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