L'approche comptable

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«On ne peut certainement pas reprocher au gouvernement Couillard de garder un oeil ouvert sur le financement des CPE et garderies privées subventionnées auxquels il consacre 2,3 milliards $ par année.»

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quand le chef du Parti québécois parle de nivellement par le bas, on est porté à lui donner raison.

Québec vient de trouver une nouvelle façon de subventionner à rabais les services de garde: on voudrait dorénavant s'aligner sur le modèle des établissements qui coûtent le moins cher. Le triomphe de l'approche comptable.

On ne peut certainement pas reprocher au gouvernement Couillard de garder un oeil ouvert sur le financement des CPE et garderies privées subventionnées auxquels il consacre 2,3 milliards $ par année. S'il ne le faisait pas, on serait bien en droit de le rappeler à l'odre. Mais voilà, est-ce que le réseau actuel est si mal géré que ça? Les bouts de chou y ont-ils trop de services? Sont-ils trop bien nourris? Est-ce qu'on parle de gaspillage généralisé? Avant de chambarder leur structure de financement et espérer avoir l'appui du public pour ce faire, faudrait bien qu'on nous en fasse la démonstration.

Or, ça ne semble pas être le cas. Alors pourquoi vouloir passer le rouleau compresseur sur l'ensemble du réseau sans égard aux situations particulières ou aux conséquences sur la qualité des services? Les explications de la ministre Charbonneau sont jusqu'ici loin d'être convaincantes.

On comprend bien que Québec cherche à faire des économies partout où il peut, mais il y a quand même des risques à y aller bêtement à l'aveugle en ne tenant compte que du point de vue comptable. On a vu ce que les compressions répétées en éducation ont provoqué sur la qualité des services aux élèves; inutile de répéter les mêmes erreurs avec les tout-petits. La ministre a déjà dû reculer, il y a quelques mois, sur une décision mal avisée alors qu'elle voulait imposer des amendes aux parents qui n'envoyaient pas comme prévu leur enfant à la garderie toute la semaine. Sa cote de crédibilité a été plutôt ébranlée. À elle de démontrer que sa nouvelle offensive n'est pas aussi improvisée.

Le ministère de la Famille a dressé un portrait du réseau qui indique que le tiers des garderies arrivent à boucler leur budget à moindre frais que les autres. Québec semble avoir conclu que c'est parce qu'elles sont mieux administrées. On estime donc qu'elles devraient servir de modèle étalon. Plutôt court. Ce qu'on aurait besoin de savoir c'est pourquoi certains CPE s'en tirent mieux que d'autres. Offrent-ils un moins grand choix d'activités éducatives? Limitent-ils les sorties? Rognent-ils sur le coût des repas? Ont-ils moins d'enfants à problème dans leur clientèle? Ont-ils une moins grande plage horaire à gérer parce que situés en milieux de travail? Pour se faire une tête, il faudrait bien qu'on nous l'explique.

Les garderies ont déjà été touchées, l'an dernier et cette année, par des compressions budgétaires. Elles viennent d'apprendre qu'une nouvelle vague de 120 millions $ les frappera l'an prochain. La réaction du milieu a été très vive. Les intervenants soutiennent que si la ministre va de l'avant et impose la structure en question, cela signifiera des diminutions de services aux enfants et des pertes d'emplois. Est-ce le but recherché par le gouvernement? Il faut espérer que non.

Quand on a mis sur pied le réseau des CPE, on a notamment justifié ça en disant qu'il saurait avoir un impact très positif sur le développement des enfants. Il ne fait pas de doute que des bambins bien stimulés ont de meilleures chances d'entreprendre leur parcours scolaire avec succès. C'est ici un choix de société qu'on a fait en 1997. Gare aux initiatives budgétaires à courte vue, mal ciblées, qui pourraient compromettre cette mission.

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