Le retour d'ascenseur

La juge France Charbonneau a dévoilé son rapport... (Photo Paul Chiasson, La Presse Canadienne)

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La juge France Charbonneau a dévoilé son rapport très attendu de 1700 pages mardi.

Photo Paul Chiasson, La Presse Canadienne

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Après tout ce qu'on a entendu à la Commission Charbonneau pendant 263 jours, peut-on en déduire qu'il y a un lien à faire entre le financement des partis politiques et l'octroi de contrats publics? Bien sûr que oui. On s'étonne que la Commission n'ait pas osé appeler un chat un chat.

La présidente, France Charbonneau, en arrive à la conclusion qu'on peut parler uniquement de lien indirect. Son collègue, Renaud Lachance, est encore plus frileux et prétend que la preuve entendue ne permet pas du tout de conclure à quelque lien que ce soit. On tombe des nues! 

Les firmes de construction et d'ingénierie qui vivent largement des gros contrats publics ne s'impliqueraient dans le financement des partis politiques que par pur altruisme ou par simple conviction? C'est nous prendre pour des cruches. Après tout, ne nous a-t-on pas répété qu'une commission d'enquête n'est pas un tribunal et n'obéit pas aux mêmes règles?

Donc, il ne suffisait pas de mettre en lumière à la télévision un exemple bien concret et fracassant de lien associant dons d'argent à un parti politique et retour d'ascenseur pour comprendre que le système en place était vicié, bien huilé et ça depuis longtemps. 

Même si des firmes de professionnels n'obtenaient pas le lendemain de leur contribution un contrat en bonne et due forme, on a tous compris des témoignages entendus qu'elles magouillaient et fréquentaient (sinon organisaient) les cocktails de financement des partis parce qu'elles y voyaient un investissement rentable et incontournable. À court ou à moyen terme.

À preuve, ce n'est pas pour rien que bon nombre d'entre elles donnaient même à chaque parti un petit quelque chose et davantage au parti au pouvoir. Sans doute une coïncidence? Qui s'amuse à contourner la Loi sur le financement des partis politiques en aiguillant des milliers de dollars, par simple conviction politique, vers le parti au pouvoir ou à tous ceux qui sont susceptibles de former le gouvernement un jour, mais pas aux tiers partis? Tiens, tiens, tiens... 

D'ailleurs, pourquoi la Commission n'est-elle pas aller plus loin pour gratter le bobo? Manque de temps? Manque de témoins? Et pourquoi le fameux Marc Bibeau, cet homme d'affaires, grand argentier du Parti libéral au temps de Jean Charest, qui avait ses entrées au parlement, n'a-t-il pas été entendu à la barre des témoins? 

La Commission a fait un gros travail pour démontrer que le crime organisé avait bel et bien gangrené le milieu de la construction et même la FTQ, et comment il arrivait à faire la pluie et le beau temps dans un bon nombre d'hôtels de ville. On se serait attendu à des démonstrations tout aussi étoffées dans le cas du financement des partis politiques, surtout au niveau provincial. On dirait qu'à ce niveau-là la Commission a manqué de souffle.

Chose encore là surprenante, alors qu'un commissaire nous parle de lien indirect et que l'autre a la tête dans le sable, un bon nombre de recommandations du rapport dévoilé hier portent justement sur l'importance de «placer le financement des partis politiques à l'abri des influences.» Bref, pas de blâmes directs, mais tout une série de suggestions qui confinent à une sorte de mode d'emploi pour changer les pratiques et rendre les administrations publiques moins vulnérables aux retours d'ascenseur. On a bien vu dans le cas de Montréal à quel point le système de copinage et de corruption faisait en sorte de gonfler la facture des travaux publics et donc de voler les contribuables.

Il était quand même ironique, mardi, de voir le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, dire que la Commission a fait oeuvre utile, qu'elle a permis une prise de conscience collective du problème, et soutenir que son gouvernement allait s'appliquer à donner suite aux recommandations. Le même monsieur Fournier faisait partie à l'époque de l'ancien gouvernement libéral de Jean Charest qui a résisté bien longtemps avant de déclencher la fameuse commission.

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