La crainte de la passoire

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On voit ces jours-ci à quel point le dossier des réfugiés syriens inquiète la population et monopolise la classe politique. Sur la photo, une bénévole tient une petite fille dont la famille vient d'arriver sur l'île grecque de Lesbos après avoir navigué de La Turquie.

Associated Press

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce n'est guère surprenant: 59 % des Québécois ont peur que des terroristes se faufilent parmi les réfugiés qu'on s'apprête à accueillir, parce qu'ils doutent que les autorités soient capables d'effectuer les contrôles nécessaires pour les débusquer.

C'est ce que révélait, mercredi, un sondage Léger mené pour le compte de TVA Nouvelles. Un sondage, on n'en sera pas étonnés non plus, qui indique que trois Québécois sur quatre craignent que des attentats aient lieu au pays. 

Dans la foulée du drame parisien et de ses rebondissements, de même que de l'intense médiatisation qui a cours, redouter la menace terroriste, surtout après les événements de l'an passé à Saint-Jean et à Ottawa, est un réflexe qui se comprend. On ne peut pas rester insensibles à l'horreur, à la haine. Il est normal de ressentir de l'insécurité face à des actes aussi insensés, aussi méprisables.

Encore faut-il gérer ce réflexe avec sang-froid et ne pas céder à la panique ou à la xénophobie. Il faut se rappeler que les auteurs des attaques de l'an dernier chez nous étaient des Canadiens, pas des immigrants. Gardons aussi à l'esprit que la menace terroriste se propage davantage par Internet que par les frontières. Enfin, considérons qu'il y a bien plus d'actes criminels commis par des bandits et des chauffards ivres que par des terroristes. Cela dit, le Canada doit bien sûr mener une lutte impitoyable au terrorisme.

On voit ces jours-ci à quel point le dossier des réfugiés syriens inquiète la population et monopolise la classe politique. Accueille-t-on trop de réfugiés trop vite? Pouvons-nous être certains qu'on ouvre la porte à de véritables victimes et non à des imposteurs? Ce qui fait défaut dans le débat actuel c'est bien le manque d'informations.

Les élus auront beau se faire rassurants, n'en reste pas moins que les citoyens ne savent pas trop comment on gère l'accueil de réfugiés. Et ça les préoccupe. Et non, le Canada n'est pas une passoire. Il ne suffit pas de s'autoproclamer réfugié et de cogner en pleurs, sans papiers, à la porte du Canada pour pouvoir entrer au pays. 

Dans une entrevue au Devoir, mercredi, l'ex-président de la Commission canadienne de l'immigration et du statut de réfugié, Peter Showler, donne une bonne idée du processus mis en place afin de gérer les demandes de réfugiés et faire en sorte de donner priorité aux plus vulnérables. Un jeune homme célibataire qui vient d'arriver de régions où il y a des combats est considéré comme à risque et ce genre de demande-là, qui passe d'abord par le tri du Haut-Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés, n'est même pas relayée aux ambassades étrangères.

Les Syriens qui ont abouti dans des camps de réfugiés des pays limitrophes, parfois depuis des années maintenant, font donc l'objet de vérifications et d'entrevues par le Haut-commissariat qui privilégie les cas d'orphelins, de mères monoparentales avec enfants, de minorités religieuses ou sexuelles. Ce n'est finalement qu'un petit pourcentage de demandeurs d'asile qui seront référés aux ambassades.

Monsieur Showler disait, en exemple, que sur 1,4 million de réfugiés vivant dans les camps du Liban, seuls 10 000 noms ont été retenus et soumis aux ambassades étrangères, comme le Canada, pour fins d'entrevues et d'enquêtes plus pointues de la part du ministère de l'Immigration; tout ça aussi en vérifiant que les demandeurs de statut de réfugié ne représentent pas une menace à la santé publique (VIH, maladies contagieuses et autres).

La GRC, le Service canadien du renseignement de sécurité et l'Agence des services frontaliers travaillent en collaboration pour s'assurer que les dossiers soumis ne soulèvent pas de doute quant à leur crédibilité. Et encore là, dit-on, l'entrée au Canada n'est pas automatique. Peut-il malgré toutes les précautions se faufiler un élément indésirable? On imagine que oui.

Mais est-ce qu'on peut croire que si le Canada faisait fi de son devoir de solidarité humanitaire et fermait ses frontières aux malheureuses victimes de la terreur syrienne, nous serions protégés à jamais contre toute menace terroriste? Non.

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