Le sens du mauvais «timing»

Jean-Marc Fournier... (Photothèque Le Soleil)

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Jean-Marc Fournier

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le gouvernement Couillard a bien mal choisi le moment pour déposer son projet de loi en vertu duquel le salaire des députés augmentera de presque 50 000 $.

Alors que des dizaines de milliers d'employés de l'État étaient dans les rues, jeudi, pour réclamer de meilleures conditions salariales et pour dénoncer les compressions, le leader du gouvernement Jean-Marc Fournier, déposait en fait deux projets de loi distincts sur les conditions de rémunération des élus. À l'école du bon timing, le premier ministre et son leader auraient droit à un échec lamentable.

Pourtant, sur le fond, la réforme du traitement des élus est loin d'être une mauvaise chose. Il y a longtemps que le salaire des députés et nettement déphasé par rapport à celui, par exemple, de dirigeants d'entreprises ou de professionnels. Et en donnant suite à différentes recommandations du comité indépendant présidé par l'ex-juge de la Cour suprême Claire L'Heureux-Dubé, le gouvernement pourra même réaliser des économies de 400 000 $.

Évidemment, ces économies tiennent compte de l'ensemble des conditions de rémunération des élus, ce qui inclut notamment l'augmentation - du double - de la contribution des élus à leur régime de retraite, l'abolition des allocations de dépenses non imposables et l'abolition des allocations de transition pour les députés qui ne sont pas réélus ou qui démissionnent en cours de mandat.

L'abolition de ces allocations est une excellente nouvelle en soi. On a vu la quantité d'encre que celles-ci ont fait couler et le malaise avec lequel les députés qui avaient droit à ces montants les acceptaient. 

Le Parti québécois a d'ailleurs accueilli favorablement cet aspect des réformes salariales. Mais Bernard Drainville, parmi d'autres, a déploré que le gouvernement aille de l'avant avec un projet de loi qui entraîne une hausse de 31 % du salaire brut des élus. De l'indécence crasse, a-t-il dit.

Il faut mettre des bémols à cette réaction hautement partisane et teintée de démagogie. S'il est vrai que le salaire brut augmente de presque le tiers, il faut bien croire que l'ensemble des avantages liés au traitement des élus diminue, puisqu'on parle d'économies globales nettes de 400 000 $. Et il aurait été inapproprié pour le gouvernement de faire du cherry-picking dans les recommandations de l'ex-juge L'Heureux-Dubé.

Si on veut vraiment réformer les conditions de rémunération des députés, il fallait les prendre globalement. En cela, les projets de loi déposés hier sont tout à fait conséquents. Et il y a de quoi se réjouir qu'un rapport qui a du bon sens ne se retrouve pas sur une tablette à la bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Le hic - et il est majeur -, c'est que le dépôt de ces projets de loi survient dans une période où la perception que la population a envers les élus n'est pas à son meilleur. Et aussi dans une période où l'État lui-même demande à ses propres employés de faire des efforts majeurs sur le plan salarial. Les faméliques offres gouvernementales sont encore à des kilomètres des demandes syndicales des fonctionnaires. 

Et ce qui est dommage, c'est que l'on ne retiendra de l'exercice d'ajustement du traitement des élus que la portion salariale et la faussement faramineuse augmentation de 31 %. Bien peu de gens mettront tout cela en contexte et reconnaîtront qu'en bout de ligne, l'exercice se solde par une perte annuelle de près de 4000 $ pour les députés. On ne retiendra que le passage de 88 000 $ à 136 000 $. Et encore, ce sera plus élevé que cela puisqu'on aura évidemment pris soin d'indexer depuis la publication du rapport L'Heureux-Dubé en 2013.

S'il n'y a pas de «bon moment» pour que des députés se votent des «augmentations» de salaire, on peut surtout dire qu'il y en a de très mauvais.

Comme présentement.

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