Examen de conscience

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Depuis minuit, les eaux usées de Montréal sont envoyées sans filtration dans le fleuve. Étrons, condoms, papier de toilette et autres déchets peu appétissants vont remonter le Saint-Laurent pendant une semaine défilant en face de Trois-Rivières, Bécancour et Louiseville.

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les maires Yves Lévesque, Jean-Guy Dubois et Yvon Deshaies ont pris la parole ensemble pour interpeller le ministère de l'Environnement dans le dossier du déversement des égouts de Montréal dans le fleuve. Leur sortie était pertinente, crédible, constructive et responsable. Bref: de nature à susciter un nécessaire examen de conscience et aussi à faire baisser d'un cran la panique.

Depuis minuit, les eaux usées de Montréal sont envoyées sans filtration dans le fleuve. Étrons, condoms, papier de toilette et autres déchets peu appétissants vont remonter le Saint-Laurent pendant une semaine défilant en face de Trois-Rivières, Bécancour et Louiseville.

Les responsables vont essayer de limiter les inconvénients par des estacades, une surveillance accrue du sillon de déchets évacués et du nettoyage si nécessaire, mais on parle bien de huit milliards de litres d'égout. Un gros volume même si dilué dans le fort débit d'eau du fleuve pendant cinq à sept jours. À Bécancour, où on puise l'eau potable dans le fleuve, l'événement suscite évidemment un degré accru d'inquiétude.

Les maires n'aiment évidemment pas ce qui se passe, mais au lieu de critiquer bêtement la décision de Montréal et d'en vouloir au maire Denis Coderre, ils ont fini par reconnaître que la solution retenue, basée sur des données scientifiques et les explications qu'on leur a finalement fournies, représente un moindre mal dans les circonstances. Ils estiment toutefois, avec raison, qu'il faut tirer ici les leçons qui s'imposent.

Par exemple: information et consultation. Les maires n'ont pas aimé apprendre la nouvelle par les médias alors qu'ils sont directement concernés par le passage des égouts en question. Si personne n'avait été avisé du déversement et que la prise d'eau de Bécancour en soit affectée, quelles auraient été les conséquences sur la santé publique locale, l'approvisionnement en eau potable d'urgence ou bien sur les infrastructures de la ville? 

Le maire Yves Lévesque a reproché aux autorités d'avoir voulu au départ banaliser le déversement alors que, dit-il, les municipalités doivent faire preuve de sévérité dans le cas des fosses sceptiques non conformes. Et on ne parle pas du même volume de rejet. Le maire Lévesque a aussi sur le coeur que le ministère de l'Environnement ait interdit à Trois-Rivières, en 2008, de rejeter une quantité de neige dans le fleuve après une exceptionnelle tempête, ce qui a occasionné d'importants frais aux contribuables. Une exception pour un et la ligne dure pour l'autre?

Tout le monde s'entend pour dire que le déversement de cette semaine ne sera quand même pas à impact zéro. Le maire de Louiseville s'inquiète pour l'industrie touristique locale. Est-ce que les pêcheurs de dorés vont être moins présents sur le lac Saint-Pierre cet hiver après cet épisode fortement médiatisé? Encore là, est-ce que les touristes et baigneurs qui fréquentent les plages de l'Île Saint-Quentin vont être moins enthousiastes l'été prochain? 

Le maire Jean-Guy Dubois, comme bien des Québécois, a appris de cette crise que même en temps normal les égouts de Montréal, soit la moitié des égouts du Québec, ne sont pas désinfectés. Le traitement à l'ozone qui doit être installé et en fonction à Montréal en 2018, ne fait donc pas encore partie du traitement des rejets si bien que les eaux du fleuve demeurent polluées par des bactéries, des coliformes, des virus, des résidus industriels ou pharmaceutiques, des pesticides, etc. Les matières solides en suspension, dont il est question cette semaine, ne sont finalement pas la pire menace à la qualité des eaux du fleuve.

Avec raison, le maire Dubois a dit que l'épisode des égouts que l'on vit cette semaine aura fait réaliser à bien des gens l'importance et la fragilité du fleuve et la nécessaire collaboration qu'il convient de mettre en oeuvre pour en prendre soin. Il y a 40 ans, les toilettes de Montréal étaient jetées dans le Saint-Laurent sans plus de préoccupations, ce temps est révolu.

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