Sacrée parité...

Le député de Saint-Maurice François-Philippe Champagne ne fait... (Olivier Croteau)

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Le député de Saint-Maurice François-Philippe Champagne ne fait pas partie du cabinet formé par le nouveau premier ministre du Canada Justin Trudeau.

Olivier Croteau

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) François-Philippe Champagne n'est pas ministre. C'est bien dommage, mais on pouvait s'y attendre. Et même si on constate que le bassin de députés libéraux regorgeait de candidats de qualité au curriculum vitae bien garni, ce qui allait nécessairement tenir à l'écart de solides candidats, on ne peut s'empêcher de penser que la principale raison pour laquelle François-Philippe Champagne n'est pas ministre, c'est parce que Justin Trudeau tenait à avoir la parité hommes-femmes au sein de son cabinet.

Ce n'est probablement pas la seule raison, mais c'en est une importante.

La notion de parité a ses vertus, mais elle a aussi ses travers.

La volonté exprimée par le premier ministre d'avoir un nombre égal d'hommes et de femmes au sein de son Conseil des ministres est une bonne nouvelle en soi. C'est un geste fort, empreint d'une puissante symbolique. 

Mais en voulant atteindre la parité hommes-femmes, le premier ministre a dû choisir ses ministres dans un bassin d'élus comptant 50 femmes et 134 hommes incluant lui-même. Ça vient un peu ternir le vernis de vertu qui enrobe le concept de parité.

Parce que dans les faits, un député libéral élu avait une chance sur neuf de se retrouver ministre. Alors qu'une femme élue sous la bannière libérale avait une chance sur trois. Le bassin dans lequel on puise les ministres n'est malheureusement pas aussi équitable que la proportion d'hommes et de femmes dans la population en général.

Dans un monde idéal, le travail de parité aurait dû être fait en amont. Mais même en présentant un nombre équivalent d'hommes et de femmes - ce qui n'était pas le cas pour les libéraux puisque la proportion de candidates n'était que de 31 % -, on n'aurait pas été absolument certain d'avoir un caucus paritaire. La démocratie représentative ne permet pas encore l'atteinte de cet idéal.

Or, mercredi, le symbole de la parité a pesé plus lourd dans la balance que toutes les autres considérations. Au Québec, on a nommé un sextuor de ministres aussi paritaire que le cabinet dans son ensemble. Des personnes de grande valeur, toutes très compétentes.

Mais on peut se demander si, une fois les portefeuilles ministériels offerts aux incontournables Stéphane Dion, Marc Garneau, Mélanie Joly et, dans une certaine mesure, Jean-Yves Duclos à Québec, Justin Trudeau aurait pu avoir le loisir de choisir ses deux autres ministres québécois dans un bassin plus large que ce que à quoi le contraignait son objectif de parité et la nécessité d'avoir quinze femmes à la table du conseil des ministres.

Qu'on s'entende: Marie-Claude Bibeau et Diane Lebouthillier ne sont pas moins compétentes que François-Philippe Champagne. En politique, où les expériences professionnelles sont variées, le niveau de subjectivité est élevé lorsque vient le temps d'apprécier ou d'évaluer les compétences. Et on peut dire sans se tromper que le député de Saint-Maurice-Champlain est aussi compétent que les deux nouvelles ministres.

Ce problème de base du pourcentage de femmes dans la députation libérale est toutefois une triste reproduction de la discrimination systémique qui s'opère dans le monde de la politique. Et au fond, c'est peut-être ce à quoi a voulu s'attaquer Justin Trudeau en formant un cabinet paritaire. Si on parvient à atténuer l'image de boys club que la politique a toujours projetée, alors ce sera déjà ça de gagné.

Si le choix de former un cabinet composé d'un nombre égal d'hommes et de femmes a des conséquences fâcheuses, repose sur des bases discutables et a de quoi susciter un débat, il faut par contre reconnaître que ce geste peut avoir un impact concret: celui de potentiellement attirer plus de femmes en politique active. En bout de ligne, c'est ce qui permettra peut-être, un jour, d'avoir une meilleure représentativité naturelle au sein de la députation.

Sans un coup de barre comme celui porté mercredi par Justin Trudeau, il y a fort à parier que les mécanismes reproducteurs de la domination des hommes continueront de jouer. C'est le propre de la discrimination systémique.

Et c'est ce qui doit être enrayé.

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