La défaite amère

Yvon Boivin, candidat libéral dans la circonscription de... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

Agrandir

Yvon Boivin, candidat libéral dans la circonscription de Trois-Rivières, a décidé de prendre un peu de recul après sa défaite de lundi.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) S'il y en a un qui est passé par toute la gamme des émotions, lundi soir, c'est bien Yvon Boivin. Le candidat libéral a presque savouré la victoire dans Trois-Rivières, avant de voir le député sortant, Robert Aubin, reprendre le dessus au sprint final du dépouillement des dernières boîtes de scrutin. Et conserver son siège de député à l'arraché.

Avant ce moment dramatique, le candidat libéral avait pourtant été applaudi comme gagnant par les partisans réunis à son local. Il avait même été salué comme député du nouveau gouvernement élu par un Yves Lévesque qui bondissait de joie à l'idée d'avoir un député du bon bord. Comme si ce n'était pas assez, il avait accordé des entrevues aux médias qui le considéraient eux aussi comme gagnant, avant que le vent tourne. Là-dessus, Yvon Boivin a assurément manqué de prudence ou a été mal conseillé par ses collaborateurs. L'expérience démontre que le dépouillement des boîtes de scrutin du vote par anticipation est souvent très long puisque de plus en plus d'électeurs votent avant le jour de l'élection. Ça fait des boîtes outrageusement remplies si on les compare aux boîtes normales d'un bureau de vote du jour du scrutin.

Visiblement, les néodémocrates ont su profiter du vote par anticipation. Les conservateurs aussi, puisque Dominic Therrien est passé de la quatrième à la troisième place dans le dépouillement de la dizaine ou de la douzaine d'ultimes boîtes. Mais pas les libéraux. L'organisation n'a pas réussi à faire sortir le vote avant le jour fatidique.

Tard dans la nuit de lundi à mardi, Yvon Boivin n'en revenait pas. Il soupçonnait une quelconque anomalie dans le dépouillement des bulletins de vote. Il a d'abord refusé de concéder la victoire à Robert Aubin. Puis il l'a finalement fait, de mauvais gré, mardi matin. Et c'est dans les vingt-quatre heures qui ont suivi sa défaite qu'on a découvert un Yvon Boivin qu'on ne connaissait pas jusque-là.

Il faut d'entrée de jeu reconnaître l'homme pour ses qualités. Dans le dossier de la pyrrhotite, il a fait un travail colossal pour aider les victimes, sensibiliser les décideurs, obtenir de l'aide financière. Il était de toutes les tribunes, frappait aux portes de tous les élus. Il s'y sera investi «coeur et âme» comme il le dit si bien. Là-dessus, il a été irréprochable. Même davantage: il peut être considéré comme un modèle de dévouement, d'altruisme et d'acharnement, dans le sens le plus noble du terme. Mais son expérience en politique aura certes été moins réjouissante.

L'homme est entré dans la course alors qu'il était affaibli par la maladie. Il s'est heurté à une organisation chancelante, à un financement inexistant, au manque de ressources - et de bras - pour la logistique électorale. Mais il a relevé le défi en allant chercher 30 % des voix, ce qui n'est pas rien. Et c'est peut-être ce qui lui laisse un goût si amer.

Parce que mardi, sa réaction a démontré que la population de Trois-Rivières avait peut-être bien fait de ne pas faire de lui son député. Sous le coup de l'émotion, l'homme n'a pas manqué de mépriser le choix des électeurs qui renvoyaient Trois-Rivières dans la deuxième opposition. En politique, il faut normalement beaucoup d'humilité quand on aspire à servir la population, à entrer dans l'arène politique comme représentant du peuple. Là-dessus, le candidat libéral a failli. Et même s'il signait mercredi une lettre dans laquelle il indique que ses paroles ont dépassé sa pensée, le mal était fait.

En campagne électorale, il avait donné un avant-goût de cette amertume quand il attaquait, avec l'arme sournoise du dénigrement, son adversaire néodémocrate Robert Aubin. Mardi encore, il disait que c'est lui qui lui avait tout dit à Robert Aubin quoi faire dans le dossier de la pyrrhotite, dossier dans lequel le député s'est investi considérablement.

On peut comprendre la déception du perdant. On pardonne l'amertume du combattant déchu. Mais les attaques envers son adversaire et les critiques quant au choix de la population sont plus difficiles à tolérer, surtout lorsqu'elles viennent d'un homme public.

Il y a eu une vague rouge lundi soir. Et Yvon Boivin n'en a pas fait partie. C'est dommage pour l'homme, mais peut-être pas tant pour Trois-Rivières.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer