Le Bloc et les lunettes roses

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Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe n'a pas réussi à reprendre son siège dans Laurier-Sainte-Marie.

La Presse Canadienne

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En 2011, les souverainistes avaient vu comme un accident de parcours la vague orange qui les a alors pratiquement rayés de la carte politique fédérale.

On se disait quelque part que les Québécois avaient succombé au charme de Jack Layton, mais qu'ils reprendraient bien leurs esprits et reviendraient au bercail. Lundi soir, ils ont succombé au charme de Justin Trudeau et boudé encore largement le Bloc. Qu'est-ce à dire? Un autre accident de parcours ou bien la confirmation que le Bloc n'est plus pertinent?

Ne nous y trompons pas. Si le Bloc québécois avait repris la position de force qu'il a jadis occupé à Ottawa, ce score aurait été célébré au champagne. Tous les ténors souverainistes, à commencer par le chef péquiste qui s'est impliqué personnellement dans la campagne fédérale avec Gilles Duceppe, auraient vu là le signal d'un nouvel élan en faveur de l'indépendance du Québec. Ce n'est finalement pas du tout le scénario qui s'est imposé lundi soir. 

Il était plutôt amusant de voir monsieur Péladeau commenter la piètre performance du Bloc en disant que ça ne veut rien dire pour le mouvement souverainiste puisque les Québécois ont surtout voulu se débarrasser des conservateurs. Faut donc en déduire que pour un job pareil, le Bloc n'était d'aucune utilité. Et si les résultats du Bloc ont peu de signification pour le chef péquiste, on se demande bien pourquoi il a tant pédalé avec Gilles Duceppe cet été pour aider sa cause. 

Bien sûr, de par le jeu de notre système électoral, le Bloc a réussi à faire élire dix candidats, lui qui n'en avaient plus que deux. Mais les appuis populaires au Bloc ont encore une fois diminué, ce qui n'est quand même pas bon signe. Ils n'ont d'ailleurs jamais été aussi bas dans toute l'histoire du Parti, malgré les appels au ralliement! Le Bloc est arrivé au troisième rang des appuis populaires derrière libéraux et néodémocrates. Et au 4e rang en termes de sièges. Les conservateurs tant honnis en ont deux de plus que les bloquistes!

Les souverainistes s'efforceront donc de minimiser cette réalité, n'empêche qu'elle s'impose plus que jamais: le Bloc n'est plus considéré, même parmi les militants souverainistes, comme une stratégie électorale gagnante pour le Québec. Il ne faut pas oublier que le Parti québécois ne suscite plus depuis quelques années lui non plus l'engouement populaire qui l'a déjà porté.

Non, il ne faut pas enterrer le projet souverainiste, mais à court terme, on ne peut pas dire qu'il a le vent dans le dos. Le prochain grand rendez-vous, aux élections provinciales, sera davantage éclairant sur l'humeur des Québécois.

Le Bloc québécois espérait bien convaincre les électeurs qu'il pourrait au moins détenir la balance du pouvoir et se poser comme une force politique qui compte. Il a mené une bonne campagne, mais il a perdu des appuis populaires, son pari, son chef et il n'aura pas davantage de statut reconnu au Parlement canadien, ce qui limite sa marge de manoeuvre. Comble de l'ironie, alors que Gilles Duceppe a été appelé en renfort en juin dernier pour sauver les meubles et diriger le Parti parce que l'ancien chef, Mario Beaulieu, n'arrivait pas à s'affirmer, ce dernier a réussi à se faire élire alors que monsieur Duceppe a mordu la poussière pour la deuxième fois. 

Quand Gilles Duceppe soutenait, mardi encore, qu'il a senti sur le terrain ces dernières semaines que l'enthousiasme des militants était réapparu, il faut croire qu'il a regardé ça avec des lunettes roses. 

La défaite de Gilles Duceppe dans sa circonscription, surtout, fait particulièrement mal au Bloc. La petite formation politique n'a plus qu'un député expérimenté, Louis Plamondon, qui n'a pas envie de jouer le rôle de chef et qui espère plutôt que Gilles Duceppe va rester en coulisses et continuer à diriger le groupe. On verra jeudi comment le Bloc va disposer de la question.

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