L'obsession paritaire

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La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne

Le Soleil, Erick Labbé

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

Le Conseil du statut de la femme milite depuis longtemps en faveur d'une plus grande représentativité féminine en politique, mais parce que les avancées ne se font pas assez vite à son goût, il réclame maintenant qu'on impose aux partis politiques un quota de femmes à présenter sous peine de sévères pénalités financières. Que c'est gênant!

Les femmes ont réclamé de haute lutte d'être traitées sur le même pied d'égalité que les hommes. Mais voilà qu'il faudrait les considérer comme des êtres d'exception à qui il faut tracer un raccourci vers le pouvoir, parce qu'on doute qu'elles y arrivent elles-mêmes toutes seules. Oui, c'est gênant. Surtout dans un contexte comme le nôtre où le nombre de femmes instruites, engagées socialement et compétentes est incontestablement important. Dans un contexte où, aujourd'hui, les femmes sont tout à fait capables de s'affirmer et de s'imposer. 

En 2013, le Canada a compté un temps six femmes premières ministres jusqu'à ce que Pauline Marois subisse au Québec la défaite. Est-ce que ce sera un recul social dans les années à venir si quatre ou cinq femmes seulement sont premières ministres en même temps?

En 2007, Jean Charest a placé la barre haut en présentant un cabinet composé également d'hommes et de femmes. Tant mieux si les planètes étaient alignées en ce sens. Depuis, on juge chaque conseil des ministres à cette mesure étalon et certains se désolent de voir que cette parité n'est pas inscrite dans le béton. Ainsi, Pauline Marois, en formant son cabinet, n'avait pas autant de femmes que d'hommes. On pourrait difficilement l'accuser de discrimination, quand même! C'est dire que la règle du 50-50 peut être certainement un objectif, mais elle ne doit pas devenir une obsession non plus. 

Le discours du Conseil du statut de la femme tend toujours à laisser croire que si les femmes ne sont pas plus nombreuses en politique, c'est qu'on ne leur accorde pas naturellement la place qui leur revient. Encore un discours de victimisation. 

Oui, on peut se réjouir de voir que de plus en plus de femmes investissent les lieux de pouvoir, elles y ont tout à fait leur place et nombreuses sont celles qui se sont signalées par leur leadership et leur compétence. Mais les prendre par la main comme des enfants pour les faire cheminer en plus grand nombre en politique, c'est encore là aussi gênant qu'infantilisant.

Est-ce que l'administration des affaires publiques serait meilleure et plus efficace si nos Parlements étaient toujours composés à parts égales d'hommes et de femmes? L'Assemblée nationale compte 27 % d'élues. Le Conseil se désole qu'on n'arrive jamais à fracasser la barre du 30 %. Mais voilà, si moins de femmes tentent leur chance aux élections des divers paliers politiques, est-ce parce qu'on leur met des bâtons dans les roues ou pour d'autres raisons qui n'ont jamais très bien été identifiées sinon pour dire que les plus jeunes femmes ayant des enfants sont moins tentées de s'engager dans une charge publique qui les tiendra fréquemment éloignées de chez elles. Même si on instaurait des quotas, ces femmes-là ne seraient pas davantage partantes en grand nombre pour l'aventure politique.

L'idée de forcer les quotas ne risque-t-elle pas d'obliger les partis politiques à présenter des femmes pour des femmes sans égard à leur compétence ou bien à envoyer des femmes poteaux à l'abattoir dans des circonscriptions où elles n'ont aucune chance de se faire élire, juste pour leur permettre de respecter les fameux quotas?

Franchement, personne n'est contre le fait de voir arriver un plus grand nombre de femmes en politique. Mais ça doit venir d'elles-mêmes et non pas relever d'un système de quotas et de pénalités. D'ailleurs, posons-nous la question. Quel est actuellement le principal enjeu de notre démocratie: attirer plus de femmes en politique ou bien plus d'électeurs aux bureaux de scrutin?

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