Le passé garant de l'avenir?

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Brian Mulroney

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

Quand l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney a voulu conclure une première entente de libre-échange avec les États-Unis, dans les années 80, il s'en trouvait plusieurs pour prédire que les États-Unis n'allaient faire qu'une bouchée du Canada et que l'accord allait américaniser notre pays.

Les libéraux promettaient même de déchirer l'entente s'ils étaient élus. Ce qu'ils n'ont évidemment jamais fait.

Au 25e anniversaire de la signature de ce traité, l'économiste québécois Pierre Fortin n'hésitait pas à dire que «le libre accès au marché américain s'est révélé une incroyable machine à faire progresser l'emploi et le revenu au Canada et au Québec. Conserver notre libre accès au marché américain doit maintenant faire partie de nos plus grandes priorités.» Nos exportations en direction du sud ont en effet explosé, ce qui a contribué à la création de quelques centaines de milliers d'emplois. Les experts ont estimé que le bilan était nettement positif, même s'il a pu y avoir des effets collatéraux dans certains secteurs.

Se pourrait-il que le Partenariat transpacifique conclu, aux p'tites heures, hier matin, à Atlanta, le plus important du genre au monde, soit, lui, désavantageux pour l'économie québécoise et canadienne? Le moins qu'on puisse dire, à ce stade, c'est qu'il n'a pas été descendu en flamme par les critiques. Du moins pas encore. Il faut dire que personne n'a eu en main la fameuse entente et qu'il y a parfois des irritants qui pourraient semer la controverse ou bien des informations qui pourraient apaiser certaines craintes. On verra dans les prochaines semaines.

Certes, les producteurs de lait québécois sont inquiets et déçus, tout comme les travailleurs de l'automobile en Ontario parce que le traité vient directement modifier leur secteur respectif. Les producteurs de lait, de volaille et d'oeufs devront céder une petite part de marché à l'importation; ce sera 3,5 % pour le lait, 2,1 % pour la volaille et 2,3 % pour les oeufs. Jusqu'ici, 62,5 % des composantes d'une voiture devaient venir du Canada, avec le traité ce ne sera plus que 40 %.

Dans le cas des producteurs québécois concernés, soit environ 40 % qui sont soumis à la gestion de l'offre et qui tenaient mordicus à l'intégralité du système qui leur garantit un revenu stable et un contrôle de l'offre, le gouvernement Harper reconnaît donc qu'ils seront quelque peu désavantagés, mais il s'engage à mettre en place un programme de compensations de 4,3 milliards $ sur 15 ans. Est-ce que ce sera suffisant pour atténuer l'impact du traité? Encore là, il faudra attendre pour tirer des conclusions. Est-ce qu'il y aura aussi compensations du côté de l'automobile? Ça, on n'en sait encore rien.

Dans les rumeurs qui ont circulé, certains prédisaient que le Canada ouvrirait 10 % du marché du lait à l'importation. C'est évidemment beaucoup moins, d'où la réaction moins virulente de l'opposition.

Il est quand même embêtant pour les autres partis politiques de pourfendre sans réserve une entente commerciale qui va permettre à plusieurs secteurs de l'économie d'explorer de nouveaux marchés d'exportation dans la zone Asie-Pacifique, avec le moins de bâtons dans les roues possibles. Grâce à la renégociation des tarifs douaniers, les producteurs de porcs, par exemple, s'attendent à des ventes de 30 % plus élevées vers le seul Japon d'ici à cinq ans. Les producteurs de boeufs vont également profiter avantageusement d'un nouveau marché de 800 millions de consommateurs. Les perspectives d'affaires sont également très favorables à notre industrie des métaux, des produits chimiques, des produits pharmaceutiques, de l'aérospatiale, du matériel agricole; on dit même que certaines productions agricoles, comme le sirop d'érable ou les canneberges, ont de bonnes raisons d'applaudir, etc.

On pourra fort probablement convenir dans quelques années que ce traité a été plus profitable pour nous que défavorable.

À court terme, un bon point pour le gouvernement Harper.

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