Saluons les poètes du monde

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Le Nouvelliste

Les poètes arrivent à Trois-Rivières, annoncent les médias d'information. À mes yeux, il s'agit de retrouver de grandes voix, celles qui ne cessent de faire vibrer la dimension mystique de la parole et, par là, de susciter l'étonnement, d'éveiller l'attention, de surprendre dans un monde qui semble avoir perdu le sens de l'engagement spirituel et qui, obsédé par les prouesses technologiques ou les idéologies politiques, tourne sur lui-même, privé de fin, prêt à suivre n'importe quel bourgeois de l'esprit pour qui tout doit être quantifiable, observable, manipulable.

Qu'il s'agisse de Milosz, de Rilke ou de Bonnefoy, il existe un vrai du réel qui n'est ni le vrai de la science, ni le vrai du reportage. Le but du poème consiste justement à ne pas abandonner la vérité au concept. Et à ce niveau de l'expérience que les opérations comptables ne peuvent atteindre et que le vocabulaire fonctionnel ignore, le langage ouvre l'homme sur une autre vérité que lui-même, là où «l'âme n'aura de cesse de résonner avec un chant plus vaste que soi», rappelle François Cheng.

Insistons davantage: la poésie n'est pas une simple distraction, une construction typographique ou une acrobatie intellectuelle qui permet aux amateurs de «se coucher sous eux-mêmes», à l'abri de la vie réelle, note le poète Armel Guerne. Il ne s'agit pas non plus d'être à la mode (être dans le vent c'est une ambition de feuille morte, écrit Jean Guitton), mais de plonger au coeur de l'expérience et d'en rapporter tout le suc susceptible de nourrir l'esprit, d'infléchir la vie, de traduire une orientation, par-delà les vertiges et les périls, les errements et les orages.

Au fond, le poète vit de révélations, soit tout ce qui échappe, en fait, à la table de multiplication, à l'ordre des poids et mesures, et qui, en tout temps et en tout lieu, constitue le contenu réel de l'existence. Ainsi, partout et toujours, dans toutes les langues, la poésie évoque la verticalité du monde, sa complexité, son mystère. C'est pourquoi l'amateur (celui qui aime et cultive un art) sait qu'il n'est pas seulement un être historique, phénoménal. Car «l'homme passe infiniment l'homme», disait Pascal. Ce qui se découvre alors procède d'un rythme fondamental, un rythme qui brise toute prétention totalitaire, cette tentation toujours actuelle que les siècles redoutaient tant en l'appelant «la bête de l'abîme». Aussi le poète s'inscrit-il dans ce ressourcement spirituel dont parlent certains penseurs russes, ère dans laquelle les paroles de Dostoïevski: «La beauté sauvera le monde», se révéleront non comme une phrase que le vent emporte, mais comme une prophétie.

André Désilets

Trois-Rivières




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